Les origines, la Préhistoire  :

Vernouillet a probablement été occupé dès la période la plus reculée. En effet, la présence de nombreuses sources, la Seine et le climat de l’Ile de France sont des éléments favorables à l’implantation humaine. La terre de la Vallée de la Seine est favorable aux cultures.

            On a trouvé, dans toute la vallée de la Seine des traces de présence humaine remontant au paléolithique. À Flins existait un atelier de silex et un dolmen rappelle une présence prégauloise dans la région. À Poissy, on a trouvé dans les carrières des outils et des armes en silex et  des bois de renne. En 1880, lors de la construction des écluses de Carrières-sous-Poissy, on a trouvé à sept mètres au dessous du sol de la berge de nombreux pilotis en chêne noirci. D’après leurs dispositions, ils auraient formé une cité lacustre.[1]

            À Vernouillet, l’implantation la plus ancienne connue se situe au lieu dit “La Savoie“, carrière de sable située entre Marsinval et Brézolles. On y a trouvé  en 1974 des fragments d’un couteau à dos un grattoir ainsi que des ossements humains appartenant à plusieurs individus. Dans une carrière voisine cadastrée nommée sablière N°2, on a trouvé des éclats de silex Ils datent du néolithique (8000-5000 av.JC.).[2] Le musée des Antiquités Nationales de Saint Germain en Laye possède dans ses collections 2 haches en silex, 4 pointes et un grattoir provenant de Vernouillet.

Fig.1 Extrait du cadastre : Les parcelles entourées de rouge sont celles répertoriées par les services de l’archéologie

Ce sont les seuls endroits officiellement répertoriés.

            D’autres silex ont été trouvés en 2008dans un champ entre Marsinval et le village au lieu dit “Les épinettes“. Ils dateraient de l’époque néolithique (8000- 5000 ans av. J.C).

Il y aurait eu à cette époque, un ou plusieurs bâtiments sur les hauteurs de Vernouillet  où le silex était taillé.

Fig.2 Extrait du cadastre où est mentionné le champ où on été trouvés les silex en 2008.

Fig.3  Outils en silex trouvés entre Marsinval et le village au lieu dit es Épinettes.

 (Collection particulière)

Origine des noms des lieux :

Les noms de lieux sont souvent d’origine très ancienne. 

Vernouillet vient d’un mot gaulois VERNO signifiant “les aulnes“.

 Le suffixe ouillet, diminutif de euil est un mot d’origine gauloise IALO  qui désignait un endroit découvert, un essart, une clairière. Très répandu en Ile de France, Il paraît désigner les premiers centre de défrichement ayant formé des domaines.

Brezolles a une origine prégauloise ; BRAY désigne la boue, le marais, olles est un diminutif.

Marsinval est un nom plus récent d’origine romaine. VAL, vallée, est associé au nom Marsin qui était le nom du ruisseau qui passait près de la ferme de Marsinval. Le mot latin marcis, le marais pourrait avoir donné son nom au Marsin

LES GAULOIS

À l’époque gauloise le pays est divisé en de nombreux peuples, plus ou moins importants. À Vernouillet nous étions chez les Carnutes peuple qui a donné son nom à la ville de Chartres

A la fin de la Gaule indépendante, les Carnutes occupent un très vaste territoire qui couvre :

* tout le département actuel d’Eure-et-Loir jusqu’à la Seine, confinant aux cités de la confédération aulerque (Éburovices au nord et Cénomans à l’ouest) ;

* la moitié du département des Yvelines, touchant à l’est les cités des Sénons, des Parisis et des Éduens ;

* presque tout le Loir-et-Cher et le Loiret jusqu’à la petite cité des Turones à l’Ouest et au sud, au-delà de la Sauldre, la puissante cité des Bituriges

Le pays des Carnutes était divisé en plusieurs “pagi“,  qui deviendront plus tard des archidiaconnés. Ainsi le “Pagus Pinciacencis“ qui deviendra le Pincerais, archidiaconné de Poissy, dont Vernouillet faisait partie.

            Vernouillet se situe dans une zone frontière. Au nord, le territoire de la rive droite de la Seine jusqu’à la rive droite de l’Oise est occupé par les Véliocasses qui ont donné leur nom au Vexin et dont la capitale est Rouen. À l’est, ce sont les Parisii qui occupent le pays entre Seine et Oise jusqu’à Saint Germain. La limite entre les diocèses de Chartres et de Paris, avant la Révolution, peut être considerée comme la limite entre Carnutes et Parisii, encore que cette limite a fait l’objet de nombreuses contestations.

Fig. 4 Carte de Samson d ‘Abbeville (1665) donnant les limites entre les diocèses de Chartres, Rouen et Paris.

Les frontières tracées peuvent être considérées, à quelques différences près, comme celles séparant les divers peuples gaulois

Tels quels, ces Carnutes représentent peut-être déjà une confédération de peuples plus anciens, tels que les Durocasses qui, installés dans la boucle de l’Eure, paraissent bien leur être inféodés.

Que savons-nous des Carnutes ?

            C’étaient  des Celtes. Leur civilisation était comparable à celle des autres peuples gaulois dont il existe des vestiges comme par exemple à Bibracte. On sait qu’ils avaient un véritable culte de l’eau et les sources étaient généralement associées à des lieux de culte. À Chartes, leur capitale, il existe dans la crypte de la Cathédrale, un puits gaulois et les restes d’un autel païen.

            La forêt des Carnutes.

Dans cette forêt entre Loire et Seine, les Druides de tous les peuples de la Gaule tenaient leur conseil annuel à un endroit situé à l’emplacement actuel de Saint Benoit sur Loire. On ne sait pas si ce lieu se situait exactement à l’emplacement de l’abbaye, mais cela est très probable. En effet la plupart des grands sanctuaires chrétiens étaient construits à l’emplacement de lieux de cultes plus anciens.

 Fig. 5 Monnaies Carnutes

            Les Carnutes, comme les autres tribus gauloises vivaient de l’agriculture et de l’élevage. Ils habitaient des constructions en bois ce qui explique que les traces d’habitation aient disparu. On a pensé longtemps que c’étaient les Romains qui ont amené la culture de la vigne dans la région. Mais cette opinion est aujourd’hui contestée et il est possible que ce soient les Carnutes qui aient planté les premières vignes à Vernouillet. Mais cela reste du domaine des hypothèses. Les Gaulois fabriquaient des objets en céramique. Peut-être ont ils déjà utilisé la glaise de Marsinval et de Brezolles pour faire des poteries. Cela expliquerait pourquoi les hameaux se soient créés à ces endroits. Mais aucun reste n’a été trouvé. Ce n’est que bien plus tard qu’une tuilerie s’installera à Marsinval.Elle ne cessera  ses activités qu’à la Révolution.

Arrivée de César et des Romains.

Dans la “Guerre des Gaules “ César cite les Carnutes à divers chapitres.

La première mention figure à la fin du IIèmelivre (57av J.C.):

“…Le bruit de ces victoires et de l’entière pacification de la Gaulefit sur les Barbares une telle impression que plusieurs des peuples situés au delà du Rhin envoyèrent des députés à César pour lui offrir des otages et leur soumission. César, pressé de se rendre en Italie et en Illyrie leur dit de revenir au commencement de l’été. Il mit ses troupes en quartier d’hiver chez les Carnutes, les Andes (Angevins) et les Turons (Tourangeaux), voisins des pays où il avait fait la guerre et partit pour l’Italie…“.[3]

La lecture de ce texte laisse penser que les Carnutes n’avaient pas pris part au conflit et vivaient en bonne entente avec les Romains.

Cela ne dura pas. Au livre VI (53 av. J.C.) ils interviennent contre César  derrière Accon rebelle Senonais [4] : “… Les Senonais ne se rendaient pas à ses ordres et se concertaient avec les Carnutes et les états voisins...Dès le printemps, il convoqua, selon son usage, l’assemblée de la Gaule. Les Senonais les Carnutes et les Trevires[5] furent les seuls qui ne s’y trouvèrent point. Cesar regarda cette conduite  comme un signal de guerre et de révolte et ajournant toute autre affaire, transfera l’assemblée à Lutèce villoe des Parisiens…Cesar, du haut de son siège, ordonna cette translation, partit le même jour avec les légions, et marcha à grandes journées contre les Senonais…

            Accon préféra transiger et donner des otages comme les Carnutes, mais ce n’était pas la paix. Accon poursuit la révolte mais est pris “…Après cette dévastation, César ramena à Durocortore (Reims) capitale des Remois, l’armée diminuée de deux cohortes. Là, ayant convoqué l’assemblée de Gaule, il resolut d’informer sur l’affaire des Senonais et des Carnutes. Accon, chef de la révolte, fut condamné et supplicié selon les anciens usages…“

            César repart en Italie pensant l’affaire réglée. Mais en 52, les Gaulois dont certains déplorent la mort d ‘Accon décident de profiter de l’absence de César pour se regrouper et de “…fermer à César le retour vers son armée…“. Les Carnutes sont partie prenante et s’engagent à fond dans la guerre contre les Romains. Voilà ce que César à écrit à ce sujet :

“…La question étant ainsi débattue, les Carnutes s ‘engagent « à braver tous les dangers pour le salut commun et à prendre les armes les premiers.Comme ils craignent qu’en se donnant mutuellement des otages, leur projet ne soit divulgué, ils demandent que l’on jure sur les étendards réunis (serment le plus solennel et le plus sacré qu’ils connaissent) de ne point les abandonner après qu’ils auront commencé la guerre. » Les Carnutes sont comblés d’éloges ; tous ceux qui étaient présents prêtent le serment, et le jour de l’exécution ayant été fixé, l’assemblée se sépare.

            Le jour venu, les Carnutes prenant pour chefs Cotuat et Conetodum, hommes déterminés à tout, courent à Génabe(Orléans) au signal convenu, et massacrent les citoyens romains que le commerce y avait attirés, entre autres C.Fusius Cita, honorable chevalier à qui Cesar avait donné l’intendance des vivres : tous leurs biens furent pillés. Cette nouvelle parvint bientôt à tous les états de la Gaule ; car toutes les fois qu’il arrive quelqu’évenement remarquable, les Gaulois l’annoncent aux campagnes et aux contrées voisines par des cris qui se transmettent de proche en proche. Ainsi, avant la fin de la première veille, ce qui s’était passé à Génabe au lever du soleil fut su des Arvernes, qui en sont éloignés d’environ soixante mille pas…“[6]

            Ce texte de César nous apprend que le “téléphone gaulois“ existait bien avant le “téléphone arabe“. Sa pratique a disparu avec la romanisation du pays. Les Carnutes restent jusqu’au bout alliés à Vercingétorix.

            Le coup de main de Genabum, aussitôt répercuté chez les peuples voisins, donne le signal de l'insurrection générale sous la direction de Vercingétorix. César repasse les Alpes. Parvenu à marche forcée au pays sénon, il réduit facilement Vellanodunum (peut-être Montargis, ou plutôt Château-Landon), tandis que les Carnutes qui croient en avoir le temps se préparent à envoyer des troupes pour défendre Genabum. César y arrive avant eux, l'emporium est pillé et incendié, la population gauloise qui tentait de traverser nuitamment la Loire est massacrée ou réduite en esclavage. Puis, sur la route des Bituriges, les Romains prennent Noviodunum (Neung-sur-Beuvron) dont les habitants (ou la garnison) se rendent sans héroïsme excessif. La poursuite des Carnutes continue. Les Carnutes vaincus livrent Gutruat qui avait été l’initiateur de la révolte. “…Arrivé chez les Carnutes qui les premiers, comme on l’a vu au livre précédent avaient commencé la guerre, il s’aperçut que le souvenir de leur conduite leur causait de vives alarmes. Afin de dissiper sur-le-champ leurs craintes, il demanda pour le livrer au supplice, Gutruat, premier moteur de la révolte et de la guerre. Cet homme n’avait confié à personne le lieu de da retraite ; mais tous le cherchent soigneusement, et bientôt on l’amène. César, faisant violence à son naturel, fut obligé de céder aux instances de ses soldats, qui lui redisaient tous les perils, toutes les pertes qu’ils devaient à Gutruat. Il fut battu de verges jusqu’à ce qu’il ne donna plus signe de vie, puis frappé à la hache…“

C’est la dernière mention des Carnutes dans le livre de César.

            Les événements relatés dans ce livre se passent assez loin de Vernouillet mais il n’est pas exclu que des Carnutes de la région aient participé à la guerre.

 La Gaule romaine

Fig. 6

Carte de la Gaule Romaine issue du Grand Livre de l’Histoire du Monde de Jacques Bertin

La Gaule romaine est organisée en provinces  regroupées en cités. La capitale (métropole) abrite la basilique (réservée aux cérémonies officielles) et la curie (services administratifs). A partir de 13 av. J.-C. (Auguste), 4 provinces : Narbonnaise (Narbonne ; gouverneur : un proconsul) ; Lugdunaise (Lyon) ; Aquitaine (Saintes, puis Bordeaux) ; Belgique (Reims). Gouverneurs : des légats. A partir de 300 environ (Dioclétien), 17 provinces avec des gouverneurs militaires (les duces) et civils (les praesides) : Narbonnaise 1re (Narbonne), 2e (Aix), Viennoise (Vienne), Alpes-Maritimes (Nice), Alpes Grées (Moutiers), Aquitaine 1re (Bourges), 2e (Bordeaux), Novempopulanie ou Aquitaine 3e (Eauze), Lugdunaise 1re (Lyon), 2e (Sens), 3e (Tours), 4e (Rouen), Belgique 1re (Trèves), 2e (Reims), Germanie 1re (Mayence), 2e (Cologne), Séquanaise (Besançon).

Vernouillet se situait dans la deuxième province de la Lugdunaise

            Les Romains gardent les structures gauloises. Les tribus deviennent des “Civitates“, cités dont le nom est celui de la tribu gauloise. Ainsi les Carnutes ont donné leur nom à la ville de Chartres. L’organisation municipale, calquée sur celle de Rome est peu différente de celle  des cités gauloises. Comme à Rome, une aristocratie terrienne se crée. Les sénateurs  romains  résidaient dans leur propriété agricole et ne se rendaient en ville que pour  siéger.  Les propriétaires terriens, nouvelle aristocratie, sont à l’origine de la création des “villa“ , exploitation agricole  qui deviendra progressivement des villages.

            Une nouvelle population d’origine romaine s’installe en Gaule. Des vétérans de l’armée de César se voient offrir des terres.

Les Romains construisent des routes et des ponts. La route romaine reliant Paris à Rouen franchissait le Seine à Poissy et passait par Meulan et Mantes. Des villes se construisent autour des ponts sur la Seine. La Seine est aussi la voie de communication utilisée pour le transport du vin provenant des vignes de la vallée. Les “nautes“ (bateliers) de Paris avaient le privilège de ce transport  ce qui leur vaudra d’être considérés comme la première corporation de la ville. Ceci explique qu’un bateau figure dans ses armoiries       

            À Vernouillet, des restes de céramiques d’époque romaine ont été trouvées sur le site des Terres Rouges.  Ce site est proche du lieu dit “Les épinettes où une implantation  existait déjà à l’époque néolithique.  Il existe aussi à proximité, à Marsinval et à Brezolles  des terrains de glaise qui pouvaient fournir la matière première à des potiers.

Fig 7

Poteriegallo-romaine provenant de fouilles en Ile de France. Celles trouvées aux Terres rouges devaient être similaire (collection particulière)

Fig.8 Extrait du cadastre. Le site où ont été trouvés les éléments est encadré de rouge.

            Louis Foulon rapporte qu’une famille de Vernouillet aurait possédé une tête d’enfant d’époque gallo-romaine trouvée dans le bas de l’impasse de la Rochelle. À cet endroit est un lavoir alimenté par une source. On connaît la vénération portée par les Romains aux  sources et il est vraisemblable qu’un lieu de culte y ait été construit.

[1] D’après Narcisse Noel ; “Histoire de Poissy“ 1976

[2] Inventaire des sites archéologiques du département des Yvelines, 1998

[3] César ; La guerre des Gaules, traduction de Jacques Haumont.

[4] Les Sennonais occupaient l’est du bassin parisien et une partie de la Bourgogne. Ils ont donné leur nom à la ville de Sens.

[5] Les Trevires, qui ont donné leur nom à la ville de Treves occupaient un vaste territoire sur la rive gauche du Rhinde et sur les 2 rives de la Moselle

[6] Le pas romain mesurait 1,578m

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