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Les décision des élus au fil de l'histoire.

Comment nos élus ont-il réagi au cours des événement de 1800 à 1950

1800-1950 : 150 ans qui ont vu des changements politiques, techniques et sociaux d’une ampleur encore inconnus en France ou dans tout autre partie du monde en si peu de temps. Notre pays a oscillé entre République, Consulat, Empire et Royauté, entre démocratie et dictature. Il est passé de la bougie à l’électricité, du cheval à l’automobile au train et à l’avion, du lavoir à la machine à laver.

Comment notre village a-t-il perçu et subi toutes les nouvelles lois, tous les changements de gouvernement, tous les progrès techniques et la modernité et comment a-t-il vécu les moments difficiles ou heureux d’un pays en totale mutation ? Comment les élus et les représentants de la population ont-ils fait face et décidé de ce qui était le mieux pour la commune ? C’est ce que nous voulons vous faire vivre en nous appuyant sur les textes exacts des délibérations du Conseil municipal pendant 150 ans.

Nous avons aussi pris le parti de montrer un maximum de documents tels qu’ils ont été rédigés. Il nous a semblé que la transcription fidèle des documents existants serait un gage d’authenticité et faciliterait la compréhension du texte et des intentions de leurs auteurs. Même si leur rédaction en français ancien pour les premières années nous parait surprenante elle constitue à elle seule une véritable invitation au voyage dans le temps et permet à notre imagination de s’appuyer sur la réalité pour recréer l’atmosphère du village dans le passé.

Nous nous sommes donc intéressé de savoir, principalement au travers des registres des délibérations municipales, de quelles façons les élus ont fait appliquer les directives du pouvoir central et de quelles manières cela avait affecté la vie du petit village rural de Vernouillet.

Notre seule ambition est de faire mieux connaître Vernouillet et son passé aux gens qui y vivent.

Ce document ne prétend pas raconter toute l’histoire de Vernouillet mais c’est un fil rouge entre les événements nationaux et les petites histoires de notre commune.

1800 ou l’An Neuf

Au tout début de la période qui nous intéresse la mise en pratique de toutes les réformes ne se passe pas sans quelques difficultés. Tout d’abord le découpage du royaume en duchés, comtés et autres marquisats doit faire place à une autre organisation. En effet l’assemblée constituante a créé le 15 janvier 1790, 83 départements eux même divisés en districts, cantons et communes.

Pour nous situer dans le temps nous sommes en l’an IX, Bonaparte au sommet de sa gloire s’installe au sommet de l’Etat par le coup d’Etat du 18 Brumaire de l’an VIII (9.11.1789) comme Premier Consul.

Pour les responsables et le Maire en particulier, acclamer un jour la république crier vive Bonaparte quelques temps plus tard, ensuite acclamer l’Empereur et s’exclamer vive le Roi en moins de quinze ans a dû constituer un exercice pour le moins périlleux !

Ne soyez pas surpris par l’ordre d’apparition des mois du calendrier romain, ils ne sont là qu’à titre de repères et dans leur équivalence du calendrier républicain qui commençait au solstice d’automne le premier jour de l’année étant le 21 septembre. Ce qui pourra sembler des fautes d’orthographe dans les textes en italique est la transcription fidèle de ce que nous avons lu, quand aux tournures de phrases, mêmes si elles sont déroutantes au début, elles ne compromettent jamais le sens et elles ont l’immense avantage de nous replonger plus aisément dans le passé. 

 Notre histoire commence donc le premier jour de l’an IX  c'est-à-dire le 21 septembre 1799. 

 Du Consulat à l’Empire

La France est sous le régime du Directoire jusqu'au coup d’état du 18 Brumaire (9 novembre 1799) qui place Bonaparte aux commandes du pays avec le titre de Premier consul.

1800– 17 février. An IX. L’administration selon Bonaparte

L’importance des Préfets 

 Dès le 28 Pluviôse de l’an IX Bonaparte s’attaque à de grandes réformes et à la réorganisation de l’administration. Il place à la tête des départements un préfet, à la tête des arrondissements un sous-préfet et à la tête des communes un maire nommé par le préfet (ou le premier Consul !) et assisté d’un conseil municipal. C’est un gouvernement centralisé à l’extrême avec des fonctionnaires qui envahissent la France, les préfets et sous-préfets règnent désormais sur les conseils locaux. Ils sont choisis par Bonaparte, son frère Lucien, ou la famille Beauharnais et en dernier recours par les autres consuls !

C’est à partir de cette date que l’on constate que la vie municipale est de plus en plus régie par les directives préfectorales en application des lois votées par les assemblées. Les arrêtés préfectoraux et les rapports du Maire au préfet pour rendre compte abondent comme en témoigne l’épaisseur des registres d’archives que nous avons pu consulter.

La toute nouvelle puissance des préfets

Vernouillet a comme maire Arnoult Laroche qui a déjà exercé cette fonction entre 1791 et 1793, il a été  nommé avec son adjoint Pisson par le préfet de Seine et Oise le Citoïen Garnier le 10 juin 1799.

Nomination de Arnoult-Pierre Laroche

« Le Préfet du Département de Seine et Oise nomme le Citoïen Laroche notaire pour remplir la fonction de maire en la commune de Vernouillet 3ème arrondissement de ce Département.

Il se rendra à son poste le Décadi 30 Prairial, présent mois, jour fixé de son installation et il entrera de suite en exercice ;

A Versailles le 8 Prairial, huitième année Républicaine

G. Garnier »  photo du document à rajouter

Célébration de la République

1799– 21 septembre, mais début de l’An IX premier vendémiaire.

L’an IX de la République Une et Indivisible le premier Vendémiaire le Maire Laroche a reçu des instructions  du préfet pour donner un maximum d'éclat à la fête.

« Je me suis transporté au temple de cette commune pour y célébrer l’anniversaire de la fondation de la République, annoncé ce matin par une salve de douze coups et par le son de la cloche, pour avertir les hameaux de se rendre au corps du village. Accompagné du citoïen Alexandre Labdans, l’un des vainqueurs reconnu de la Bastille et d’un fort détachement de la garde nationale de cette commune. Pour la publication j’y fait lecture de la circulaire du citoïen préfet du département de Seine et Oise et de sa lettre d’instruction pour les conscrits reçus aujourd’hui » et des suites après avertissement pour la troisième fois aux jeunes citoïens dans le cas de la conscription et aussi dans le délai alors sous la peine exposés.

J’ai prononcé un discours analogue de circonstance puis alors répété : Vive la République...Vive la République.

De retour dans la salle de la Mairie j’ai dressé le procès-verbal et j’ai arrêté qu’expédition du présent sera adressé au citoïen Préfet dans le plus court délai pour la célébration de la fête de ce jour.                                 Signé Laroche, Maire et ses adjoints Legueux et Bouffard.

Quand ici on parle du temple il s’agit tout simplement de l’église qui est devenue bien national après la dépossession des biens du clergé par la Constituante, on aura noté les appels à la conscription avec sanction à l’appui si le délai est dépassé, le respect des ordres préfectoraux et l’établissement du contrôle hiérarchique centralisateur. Laroche a donné à cette cérémonie tout le faste possible il a paradé devant les notables, les Tautest, Persan et Girardin car la présence de Labdans est certes honorifique mais elle engendre aussi la crainte d’un mauvais rapport en haut lieu et Laroche doit de plus référer au préfet de la réussite de la fête.

1799 - 16 octobre, mais début de l’An IX. Le maire, officier de Police

 La réforme administrative et judiciaire voulue par la constituante en 1791  sera confortée par le Consulat qui institue un tribunal de justice de paix par canton par la loi du 27 ventôse (18 mars 1800) loi qui établit l’Institution judiciaire : justice de paix, tribunal civil, tribunal criminel, cour d’assise, cour de cassation et cour d’appel.

Heureusement il reste des espaces de liberté et de responsabilité directe du Maire par exemple comme officier de police, la délibération qui suit le démontre. C’est en même temps une anecdote tragi-comique qui nous laisse bien imaginer la vie quotidienne des habitants du village.

« Le 26 vendémiaire sur la dénonciation à moi faite par Marie Ferret, femme de François Roger compagnon maçon, d’être atteinte ainsi que sa fille aînée qui faisait avec elle le sentier montant aux Buffottes, de plusieurs grains de plomb d’un coup de fusil lâché par le fils de la veuve Aubin Sablé qui était avec deux enfants à  défendre Charles Boy de cueillir les châtaigniers du citoïen Jacques Bouffard cultivateur de cette commune. Un grain de plomb l’a atteinte au gras de la jambe gauche et plusieurs sur le coté gauche. Pourquoi de tous ces faits elle allait rendre plainte au citoïen juge de Triel.

Considérant que la police rurale est confiée au maire et pour le bon plaisir du citoïen préfet de Seine et Oise, j’ai arrêté pour le bien public qu’il est défendu à tous les jeunes gens mineurs non établis comme chef de famille de se transporter dans les champs sous aucun prétexte » Il n’est pas précisé si le Maire a dû procéder au constat de visu de la blessure de ces pauvres femmes !

Cette histoire nous instruit sur le fonctionnement de la justice, le maire est responsable de la police rurale, mais déjà il est fait mention d’une plainte au juge de Triel.

Les citoyens et en tout cas le maire semblent donc bien au fait des nouvelles juridictions auxquelles ils sont soumis. Malheureusement on y apprend aussi que les guerres ont fait des ravages chez les adultes puisque de jeunes mineurs sont amenés à les remplacer comme chef de famille et dans les travaux des champs.

1799 – 9 novembre, Le coup d’Etat du 18 brumaire An IX.

 Bonaparte est nommé Premier Consul, par un coup d’Etat d’une cinquantaine de députés seulement, les autres consuls sont Seyes et Roger-Ducos

Les guerres ont coûtées cher en vie humaines et ont appauvri les campagnes, la commune a des soucis d’argent.

 Le 14 décembre 1799, début de l'an IX, le conseil recherche des économies possibles, les ressources financières étant au plus bas on  essaie de supprimer certaines dépenses. Doit on conserver un corps de garde ? «puisque d’autres communes ne le font plus  et supprimer ainsi les frais occasionnés par la location au citoïen Zacon d’un logement pour un corps de garde et de son chauffage par un poêle avec la fourniture d’un corde de bois et de deux chandelles par jour » (la corde est une unité de mesure de petit bois de chauffage encore utilisée en Bourgogne par exemple).

Quand aux réparations de la couverture de l'église indispensables et urgentes, il n'y a plus de faîtières et la charpente pourrit, la commune est dans l’incapacité d'en assumer la dépense et s’en remet pour obtenir une subvention «  à la bonté paternelle du gouvernement».

Et pourtant la commune a été obligée par ordre du préfet de fêter le 14 Juillet « avec toute la solennité requise, elle a du acheter trois douzaines de pétards à 25 centimes pièce, trois douzaines de lampions à 15  centimes pièce».

 Manifestement ces soucis d’argent montrent que les responsables communaux ne savent plus comment se sortir de ce mauvais pas et n'ont même plus la possibilité de créer d’impôts supplémentaires, d’ailleurs l’adjoint aux maire « incite les citoïens à suivre l’exemple de la commune de Champseuil de pourvoir volontairement un nombre de journées dans la morte saison pour le nettoiement et la réparation des chemins et pour le charroi des pierres qu’il y sera nécessaire » autrement dit si les habitants ne sont plus en mesure de payer il ne reste qu'une possibilité : réaliser les travaux de première urgence directement par les villageois. C’est presque un retour des corvées auxquelles les petites gens avaient depuis peu échappé, et nous verrons par la suite que le paiement des impôts en nature c'est-à-dire en journée de travail sera légalisé et codifié. 

1800 – 2 janvier. An IX. Attentat contre Bonaparte

Il existe bien sur en France, quelques personnes qui voient d’un mauvais œil la confiscation du pouvoir par Bonaparte, les jacobins et les royalistes en particulier. Il n’est donc pas étonnant que l’on cherche à éliminer le premier Consul. C’est l’attentat manqué de la rue Sainte Nicaise.

Le maire rend un hommage un peu trop appuyé à Bonaparte

Le maire rend compte au conseil de l’attentat qui visait à tuer le premier consul « constaté par les différentes autorités constituées de Paris et pour lequel des scélérats ont non seulement fait périr de nombreuses victimes mais encore voulait l’y inclure et nous priver des bienfaits résultants de tous ses travaux et de ceux de nos invincibles armées » Suit une lettre du maire au premier consul. Extraits : »… mais permettez nous citoïen Consul d’ajouter notre vœu à ceux des autorités constituées. Justice prompte et sévère contre cette frénétique engeance que l’amnistie a rendue incurable. Vouons le ciel de refuser  à toutes leurs machinations et faire pacte avec les Enfers, et bien! qu’ils y soient précipités les monstres ! Périssent les traîtres, Vive Bonaparte. Tels sont les vœux des français et de votre respectueux et dévoué concitoïen, maire de la commune de Vernouillet, 3ème arrondissement

Signé Laroche »

Notre maire ambitieux et excessif comme à son habitude, n’hésite pas à s’adresser directement au Premier Consul. Il n’a certainement pas connaissance des investigations de la police du redoutable et efficace ministre de la police Fouché qui possédait la liste des comploteurs fichés depuis longtemps et qui seront fusillés. En tous cas sa supplique a été exaucée.

1800 – 28 février. An IX. La question religieuse

Il faut se souvenir que la Constituante avait décrété en juillet 1790 la constitution civile du clergé : les membres du clergé devenaient des fonctionnaire publics et les biens du clergé tombait dans le domaine public. Ce qui explique, en partie, que les assemblées des citoyens  se tenaient à l’église qui était de toutes façons le seul bâtiment  ayant la capacité d‘accueillir une grande partie de la population. A cette date, Bonaparte et le gouvernement n'ont pas encore changé ces dispositions anciennes. C’est seulement à partir du 15 juillet 1801 que le schisme provoqué par les révolutionnaires cessera avec la signature du  concordat entre le Pape Pie VII et Bonaparte. Mais pour l'instant la demande du préfet est claire il exige, peut être de façon très symbolique, que le maire  prenne  possession des clefs de l'église.

Comme il en a le droit et le devoir, le maire veut les clefs de l'église

Le 10 Ventôse (28 février) heure de midi Laroche fait lecture devant l’assemblée au temple des arrêtés du gouvernement concernant  «la réduction du nombre de juge de paix, de l’arrêté du Premier Consul pour l’exécution du système décimal des poids et mesures »

 Il fait ensuite lecture de la lettre du préfet : « qui ordonne de me référer et de me conformer à sa lettre du 19 Pluviôse et qu’en conséquence le citoïen Hotot ministre du culte catholique avoir persister et persister à refuser la remise des clefs du Temple que je lui avais demandé en l’assurant de les lui rendre chaque fois que l’exercice de son ministère le nécessiteroït. J’allais faire lever la serrure d’entrée pour en changer les gardes et en remettre ensuite les clefs au ministre que la commune choisirait. Ce qui a été fait par le citoïen Jean-Baptiste Bourson serrurier en cette commune auquel j’avais ce matin adressé un réquisitoire à cet effet. Quelques citoïens m’aïant fais des observations je les ai renvoïé à se pourvoir en devers le citoïen Préfet »

On ne peut pas savoir si le curé Hotot est malgré tout resté jusqu'à la nomination par le maire de Vernouillet  en 1801 du nouveau curé, François Legorgeu, ou si la paroisse a été sans titulaire pendant quelques mois.

1800 – 19 mars. Neuf germinal, An IX. Proclamation pour la Paix avec l’Empereur des Etats de l’Empire Germanique

Comme chaque jour le maire ouvre le courrier mais aujourd’hui les nouvelles demandent une réaction immédiate :

Du neuf germinal du dit An neuf dix heures du matin, ouverture faite des paquets à moi donnés venant de la préfecture, y ay trouvé tant dans le bulletin des loix n° 73 que dans le paquet de la préfecture la Proclamation du citoïen Bonaparte Premier Consul Pour la Paix avec l’Empereur des Etats de l’Empire Germanique ensemble avec divers autre papiers.

Arrêté que demain décadi* lecture et publication seront par moi faites de la dite Proclamation aux quatre carrefours de cette commune,

Que pour rendre cette cérémonie autant pompeuse que possible les citoïens composant le conseil municipal seront invités de se rendre en la salle de la mairie,

Qu’il sera requis un détachement de cinquante citoïens de la garde nationale avec le drapeau pour partir à neuf heures précises de la mairie de se rendre en faire la première publication au carrefour de la rüe Culoisel de suite une seconde au carrefour dit de la Croix, la troisième au carrefour de la rüe du Bout au Large et la quatrième et dernière au carrefour du Caveau. Que tous les habitants  sont invités d’illuminer les croisées de leurs maisons donnant sur la rue, aussitôt la nuit close, permettant ainsi que le porte l’arrêté des Consuls  à manifester plus amplement notre joie du 25 messidor pour la fête de la Fédération.

Que les habitants seront invités de s’abstenir de tous travaux et que cet heureux jour sera annoncé par trois volées à six heures du matin et ainsi d’heure en heure jusqu’à midi. Et qu’extrait du présent sera lu et publié ce jourd’hui heure de midy »

*Le décadi correspond au Dimanche dans le calendrier Républicain

Le lendemain Laroche défilera comme prévu dans les rues de la commune, accompagné de son adjoint Pisson, du Commandant de l’Etat Major à la tête de cinquante gardes nationaux, des membres du conseil municipal et de la population réunie pour cet événement. Le maire à la tête du cortège, placé sous le drapeau avec le citoïen Pierre Martin ancien sergent des Grenadiers et encadré par deux officiers de la garde nationale, n’a pas suivi exactement l’itinéraire prévu puisqu'il se rend aux carrefours du Clos Hamelet (rond point de l'Europe), du Bout au Large (carrefour des rues Gloriettes, Bourdillon, Marsinval), du Caveau de la rue Chaude* ou des Grous (Caserne pompiers). A chaque halte la garde a formé le cercle autour du maire et des notables pour la lecture de la Proclamation. Le cortège s’est rendu ensuite jusqu’à «l’Arbre de la Liberté autour duquel après s’être rangée l’assistance a écouté la Proclamation précédée du salut ordinaire et d’une décharge de mousqueterie. Enfin, en face de la mairie, la dernière lecture a été suivie de chants des airs chéris de la nation accompagnés des violons des jeunes musiciens de la commune en mémoire de nos victoires et en honneur à Bonaparte, et de nos braves armées.  Dont ce de quoi la cérémonie finie a été dressé le présent procès verbal auquel tout le conseil le commandant et les officiers de la garde ont signé avec nous maire de Vernouillet »

Ces manifestations républicaines organisées sont censées supplanter les fêtes religieuses et paroissiales les seules fêtes qui rassemblaient toute la population, elles sont bien accueillies après les années difficiles et instables de la période révolutionnaire et de guerres, mais le choix d'une date unique pour tout le pays a pour but principal de faire sentir à toutes les régions quelles ne forment plus qu'une seule nation.

*Le Caveau faisait partie de la ferme ou se trouve actuellement le centre de secours des pompiers, plusieurs personnes nous ont confiées s'y être abrité pendant les bombardements de la dernière guerre.

1800 – 11 mai. An IX, 1er  au 15 Prairial.

Le maire a reçu des instructions préfectorales pour organiser les élections suivant les dispositions d’une nouvelle loi de Bonaparte qui redonne à la République le suffrage universel et au peuple le droit de le plébisciter ! Les citoïens, éliront dans les communes des notables à l’échelon du Département et ceux-ci éliront des notables nationaux.

Les premières élections  au suffrage universel à Vernouillet 

Le maire, Laroche adresse donc une longue communication aux habitants pour leur expliquer le mode de scrutin :

« Citoïens,

Un acte de la plus haute importance va commencer le premier Prairial en exécution de la loi du 13 ventôse an neuf. Le gouvernement vous appelle  tous pour lui désigner ceux d’entre vos concitoïens ou présens ou absens pour le service public sur qui il peut et doit fixer son choix.

Depuis l’adjoint jusqu’à vos législateurs et mêmes Consuls vous allez proposer le choix tant pour la nomination première que pour remplacement par destitution et mort, tous les magistrats que la Constitution de l’An huit appelle à gouverner l’Etat dans toutes ses parties et sections.

Pénétrés de l’auguste fonction que vous allez remplir, il n’y a point de doute que  écoutant  la voix de votre conscience vous appellerez tous ceux que vous connaîtrez les plus dignes de gérer les affaires publiques.

Cette commune forme deux séries de chacune 123 votants ou aïans droit de voter et pour recevoir vos votes il y a deux directeurs de scrutin à chacun desquels deux scrutateurs sont adjoints.

Le Citoïen Girardin est directeur d’une série complémentaire comprenant le Clos Hamelet, la rue Culoisel, la rue des Pinsons ou de Triel, celle de St Etienne, de la Rochelle et en remontant suivant la place du carrefour de la Croix à gauche. Les citoïens Etienne Beaugrand, André Bouffard et Louis Bouffard sont scrutateurs. Le citoïen Jean-Baptiste Bouffard (fils de Jacques) est directeur de la deuxième série qui comprend la rue du Bout au Large, le citoïen Pierre Morlet la rue Chaude et les hameaux de Brézolles et Marsinval, les scrutateurs sont les citoïens Gilles Renon et Jean Baptiste Guibert.

Depuis le premier Prairial jusqu’au quinze du même mois vous pourrez porter vos votes au scrutin chez le directeur de votre série et en cas d’absence chez le plus âgé des deux scrutateurs de 8 heures du matin à midi et de 4 heures de relevée jusqu’à 8 heures du soir.

Vous aurez soin de bien écrire ou faire écrire les noms dans le cas ou il s’en trouve de pareils de les distinguer par les professions ou le nom de père en fils ou d’aîné ou de jeune d’un tel ou d’une telle. Vous aurez soin de bien distinguer les absens (la loy entend par absens ceux qui sont âgés de vingt et un an sont aux armées ou dans les places quelconques de l’Etat hors du territoire français. »

Vous aurez trois scrutins à fournir :

Le premier sera composé de 12 noms présens ou absens pris dans l’autre série

Le deuxième contiendra également 12 noms de votre série

Le troisième qui est dit supplémentaire sera composé indéfiniment de tous ceux qui dans l’arrondissement communal sont dignes d’occuper des places dans le conseil

Il y avait 246 ayants droit au vote, en deux séries de 123, mais il n’y a eu que 171 votes et 75 votes manquants. La combinaison des trois scrutins a permis à 49 personnes  éligibles de compter leurs partisans, les mêmes familles ayant souvent plusieurs candidats.

Sur la liste nationale Didier Challan, tribun a obtenu 18 voix

Sur la liste au Conseil Départemental René Louis Girardin a obtenu 33 voix et le sieur Chandellier 26 voix

Sur la liste municipale A. Laroche a obtenu 98 voix, Ph. Pisson 95, A.L.Churlet 61, G. Morlet 53, L. Pottier 52, Ch. Pottier 50, L.G. Zacon 50, J.Ch. Churlet 49, H. Aubrun 49, T. Bouland 47, A. Fouché 46, Ch. Martin 46, J.Ch.F. Martin 46…les dix premiers seulement pouvant former le Conseil municipal.

Cette première élection au suffrage universel est assez étonnante, elle permet de savoir qu'il y avait 246 hommes en âge de voter, mais malheureusement ce mode de scrutin ne durera pas et on reviendra assez vite au vote par les électeurs censitaires ou plus gros contribuables de la commune.

1800– 30 Juillet. An IX Nomination des conseillers municipaux

A l'issue de ce scrutin démocratique, Arnoult Laroche est confirmé dans sa fonction de maire il a été  nommé avec son adjoint Pisson par le préfet de Seine et Oise, le citoïen Garnier. On ne retrouve pas les dix premiers conseillers élus le 15 prairial, car depuis, deux ont démissionné et un autre est décédé.

L’an neuf de la République Une et Indivisible, le dix huit thermidor, quatre heures de relevée pour la notification par moi faite a chacun des membres du conseil municipal de leur nomination à ladite place pour le citoïen préfet de Seine et Oise à dater de la  fin du présent mois. Reçu cejourd’hui les citoïens Jean-Louis Blaret, Pierre Beaugrand, André Bouffard,  Jacques Philippe Mesnil, Pierre Helenne, Gilles Renou, Germain Marlet, Louis Guibert, Jean-Baptiste Bouffard et François Churlet. Se sont rendus à mon invitation pour prendre communication de l’arrêté sus daté ce que je leur ai donné et ont alors déclaré accepter ladite fonction et ont signé.

Les noms de ces conseillers municipaux reviendront de père en fils ou frères et cousins tout au long de l’histoire de Vernouillet, ils font partie des plus anciennes familles de la commune qui ont assuré tout au long des ans  le fondement de la population du village.

L'administration financière tisse sa toile

Au niveau national, il faut citer en 1800 la fondation de la Banque de France qui eut le privilège d’émettre des billets acceptés comme papier monnaie. Mais c’est aussi à cette époque que s’est mise en place l’Administration financière, avec une Direction des contributions directes pour la confection des rôles par département (Versailles pour la Seine et Oise), un percepteur par canton (Poissy pour Vernouillet) et un receveur particulier par arrondissement et au chef lieu du département un receveur général qui concentrait toutes les recettes.

1800 - 16 novembre – An IX.  Le budget communal donne des signes de faiblesse

Le moins que l’on puisse dire c’est que la commune n’est pas riche, sa population composée en majorité de paysans et plus particulièrement de vignerons a bien du mal à assurer des recettes suffisantes pour satisfaire aux dépenses indispensables au bon fonctionnement du village, les appels à contribution de l’état via le préfet sont donc ressenties comme insupportables. On retrouve à de très nombreuses reprises des difficultés  à boucler le budget communal et le conseil s’interroge souvent pour savoir si l’on doit abandonner tels ou tels travaux et il se refus le droit de lever un nouvel impôt connaissant le manque de ressources financières de la majorité des habitants.

Ceci est confirmé par des prévisions de dépenses bien modestes pour l'an IX

Dépenses prévues pour l’an IX

  • Frais de bureau, papier, encre, pains à cacheter et commission :56 francs
  • Bois de chauffage, cordes et peines: 40
  • Chandelles: 9
  • Faux frais tant en voïages qu’autrement: 48
  • Registres  des passeports, certificats de vie, de résidence, enregistrement des bulletins des lois et pour les visas

     de congés de permission des militaires: 6

  • Pour le citoïen chargé d’annoncer par la cloche les assemblée: 12
  • Pour l’abonnement au bulletin des lois: 6
  • Pour le conducteur de l’horloge et nettoiement : 39
  • Pour le maçon qui assiste pour la visite des fours et cheminées: 6
  • Pour une clef de clocher, nettoïage de l’horloge, huile et fil de fer:1.5

Mais si la commune manque de moyens elle a des idées

L'organisation du travail est en route...

« L’assemblée a observé que les douze francs alloués pour faire les publications des lois et autres actes publics sont pour le citoïen Nicaise Legueux (instituteur et secrétaire de mairie) qui est chargé de sonner une volée tous les jours à l’heure de douze heures pour avertir tous les citoïens de se rendre chez eux pour le repas, vu que dans beaucoup de familles souvent ceux qui la composent sont dans différents chantiers et ne viennent que longtemps l’un après l’autre faute d’avoir un signe de ralliement ce qui fait perdre beaucoup de temps précieux à la culture des terres».

C'est aussi une façon pour les élus de se servir d'un équipement qui est devenu communal et de minimiser le signe ostentatoire de la puissance de l’église que constitue le carillon.

1801– 14 février. An IX .Traité de paix avec l’Autriche

«Aïant reçu la nouvelle extraite du Journal Officiel, de la signature du traité de paix entre la République Française et l’Empereur d’Autriche, de Bohême et de Hongrie signé à Lunéville le 20 Pluviôse, j’ai mandé le citoïen Legueux chargé de la sonnerie pour les publications et l’ai chargé d’annoncer (n’aïant point d’autres moïen plus bruïan et gai) par une volée de cloche demain d’heure en heure jusqu’à midi. Cette heureuse nouvelle dont je ferai lecture à la dite heure demain en même temps que la publication des loix». 

La paix intérieure et avec les nations étrangères est accueillie avec soulagement par tout un peuple, le village peut enfin souffler, la vie reprendre son cours normal.

La communication du maire vers ses administrés, le garde champêtre : un homme clé

Le maire ne dispose à cette époque que de deux moyens de communication, l’assemblée des habitants convoquée par volée de cloches et le garde champêtre qui va faire ses annonces de rue en rue. Le garde champêtre qui fait aussi respecter les décisions municipales est donc un personnage important. Le Conseil est saisi de façon récurrente des décisions à prendre concernant l’augmentation, la nomination ou le renvoi des gardes champêtres « l’un pour cumul d’inconduite, ivresse et dettes envers les gens qui lui font confiance » et sur les préposés qui ont la charge de faire sonner les cloches. Ces fonctionnaires municipaux sont payés en conséquence de leurs services, environ 400 francs pour le garde champêtre et 12 francs pour le sonneur de cloches qui cumule d’autres fonctions heureusement, puisque dans le cas présent il est instituteur et secrétaire de mairie.

Contrairement à ce qui est souvent dit toutes les cloches des églises de France n’ont pas été fondues pour en faire des canons, les révolutionnaires ont certes eu la volonté d’amoindrir le symbole qu’elles représentaient de la toute puissance de l’Eglise sur les Paroisses, il semble bien qu'ils aient veillé à en conserver une dans chaque clocher comme moyen de communication et d’alerte avec les habitants.

1801 - 13 Août. An IX.  Bonaparte, Premier Consul à vie. 

La cérémonie de proclamation doit être lue aux habitants de tous les villages de France. C’est encore une illustration des pouvoirs des préfets qui ordonne l’organisation de ces manifestations  nationales. Il n’est certainement pas agréable pour la municipalité de devoir se plier à ces contraintes que les ressources humaines ou financières du village ont bien du mal à supporter. Mais notre maire semble beaucoup aimer se mettre en avant au cours de ces cérémonies, nous allons le constater de nombreuses fois encore.

«L’an X de la république une et indivisible le 25 thermidor, vu la circulaire du citoïen préfet en date du 21 de ce mois qui charge de publier avec la solennité convenable le « Senatus Consulte » qui proclame Napoléon Bonaparte, Premier Consul à vie le 27 de ce mois (13 août) arrêté que le réquisitoire sera adressé au commandant de la garde nationale de cette commune pour commander un détachement de 30 hommes pour ledit jour du mois courant 8 heures du matin pour se rendre à la mairie, 8 heures 30 de se rendre au temple ou la proclamation dudit Senatus Consulte sera faite en présence de tous les citoïens rassemblés, assister ensuite au service et au Te Deum qui sera chanté, d’assister à la messe et au discours analogue à cette solennité à laquelle seront invités les membres qui composent le Conseil Municipal. »

1801- 16 novembre. An X. Fête du 18 brumaire pour la Paix

Cérémonie solennelle à Vernouillet, Vive l’Europe !

Discours du maire A. Laroche pour la fête du 18 Brumaire pour la Paix.

C’est un discours fleuve qui montre avec quel soulagement cette Paix a été accueillie par la population car le lourd tribut payé pour ces guerres contre les coalitions étrangères et les guerres de conquêtes, aussi bien en hommes qu’en contribution financière, a laissé des traces douloureuses. Cela explique peut être les espoirs exagérés qui sont exprimés dans cette harangue dont on appréciera, ou pas, le lyrisme :

« Il luit enfin ce jour tant désiré. Cet heureux jour ou toute l’Europe partage l’admiration des vertus de notre gouvernement, s’est unie à nous par le doux lien de la paix ! ou nous voïons nos lauriers couronnés de l’olivier ou les foudres du canon changées en signe de joie prolongent au loin les cris d’allégresse dans toutes les nations et font retentir les airs en célébrant notre modération et la paix que nous leur avons accordée ! 

 … Quel espoir pour vous, Anglais, Portugais, Russes, Turcs, Prussiens, Espagnols, Autrichiens, Danois et Suédois, pour l’avenir tous vos Rois à l’instar de notre gouvernement vont combattre de générosité à qui rendra votre sort plus heureux ! L’Europe par nous n’est plus qu’une famille et tous ses chefs ne sont plus que des amis. 

… nous n’oublierons jamais que par la révolution nous nous sommes affranchi des dîmes, des gabelles, des droits d’aides, des droits féodaux et de toutes les vexations qui les accompagnoïent, nous n’oublierons jamais que sans la révolution tous ces fardeaux pézeroïent encore sur nous et pomperoïent encore les fruits de nos travaux et de nos sueurs. 

…Non jamais Bonaparte ce génie universel, ce mortel surprenant aussi intrépide dans les combats que clément dans la victoire aussi bon général qu’habile négociateur, aussi grand guerrier que bon pacificateur ne cessera d’être l’objet de notre vénération et de nos sollicitude. …Déjà tous nos ports sont ouverts aux vaisseaux marchands qui reprennent leurs courses pour approvisionner nos magasins. Nos pêcheurs sont en pleine activité et les marchandises coloniales abondent.

…et vous pères et mères de familles vous allez revoir ces enfants qui ont connu tant de dangers et vous êtes certains de les voir revenir suppléer à la faiblesse de vos bras et cultiver les champs qui sont votre richesse »

Il est évidemment facile pour nous de critiquer un tel engouement quand on connaît la suite de l’histoire, mais il faut bien admettre que cette paix imposée a dû susciter sur le coup de bien légitimes espoirs. Chacun appréciera comme il l’entend la verve lyrique d’Arnoult Laroche qui nous a laissé des textes savoureux, d’une grandiloquence exagérée, mais qui a su intelligemment intégrer les exigences de sa hiérarchie en matière de communication avec la population.

 Napoléon et l’Empire,

La Monarchie Constitutionnelle, les 100 Jours, L’exil de Napoléon

Le Senatus Consulte organique de l’an XII (18 mai 1804), bien préparé par des pétitions, voté par le Sénat et ratifié par un plébiscite confère la dignité impériale à Napoléon Bonaparte et la rend héréditaire. C’est aussi le début d’un régime impérial qui subordonne tout à la direction de  l’Etat, suppression des libertés, impôts nouveaux sur les boissons, le sel, le tabac. En contrepartie c’est une avalanche de grands travaux qui vont transformer la France : canaux routes alpestres, port fluvial de Paris, pont sur la seine à Paris, la Madeleine, l’Arc de Triomphe ou encore la rue de Rivoli.

Mais dans les petits villages ruraux tels que Vernouillet, c’est malheureusement plus les contraintes que les avantages qui se sont fait sentir.

1803 – 18 mai. An XII.  Bonaparte devient Napoléon

Le sept Prairial de l’An douze : Vu le décret impérial portant sur le mode de présentation à l’acceptation du peuple de la proposition (art. 42) du « Senatus Consulte » organisé du 12 au 28 florial.

 Le maire prononce encore un discours, ce qu'il aime visiblement beaucoup  : (extraits)

«  La révolution est terminée et consolidée, les crises qui avaient compromis et souillé cette fabuleuse révolution sont passées et pour notre bonheur n’auront plus lieu au moïen du Senatus Consulte qui confère à Napoléon Bonaparte, d’immortelle mémoire, le titre d’Empereur des français, titre bien inférieur à ses éminentes qualités mais le seul que la reconnaissance publique a pu trouver digne de lui. Cependant cette stabilité du gouvernement ne peut être assurée que par une hérédité qui ne peut être voulue que par le peuple dans la descendance directe légitime et adoptive de Napoléon Bonaparte ou de Joseph et Louis Bonaparte.

Difficile de savoir ce qui se cache derrière ces propos dithyrambiques. Mais connaissant les « qualités » et les ambitions d’Arnoult Laroche, il y a de quoi se poser des questions à moins qu’une fois encore il se soit tout simplement laissé prendre au jeu d’un verbiage qu’il affectionne particulièrement. En effet, quel titre peut on attribuer au dessus d’Empereur ?

Même si l’on peut émettre des doutes sur la sincérité de ses propos, il faut bien admettre que les crises dont il parle c'est-à-dire les changements de gouvernement depuis la Constituante, en passant par la monarchie constitutionnelle, le comité de salut public et surtout la Terreur ont laissées les responsables locaux et la population dans un désarroi total. Cette stabilité nouvelle même si elle se paye par l’abandon des principes démocratiques issus de la Révolution  rassure tout un peuple, dont les habitants de Vernouillet, c'est peut être ce qu'il faut comprendre à travers les propos du maire. 

1804- dimanche 15 février. An XII, le premier de l’Empire français.

Les dépenses de l’année

- Reliquat dû sur l’arriéré du traitement convenu entre le conseil et le desservant: 334 francs

- Abonnement au bulletin des loix :  6

- Frais de registre de l’état civil : 27

- Loyer du presbytère : 130

- Grosses réparations de l’église : 1031

- Bois, encre, plumes, papier et frais de toutes espèces alloués au maire 100

- Réparation du plafond de l’église à l’entrée de la nef de la Vierge et au maître autel : 40

- pour l’abonnement à l’annuaire du département : 2

- Au sonneur pour la publication des loix et l’affichage d’icelles : 18

- Au maçon pour la visite des fours et cheminées : 6

- Faux frais pour la désignation des conscrits : 4

- pour la corde de la cloche : 22

- Pour l’abonnement au journal du département : 12

- Logement du maître d’école : 50                                                    TOTAL 1816 francs

Les dépenses pour assurer le culte constituent l’essentiel de ce compte, mais l’église est enfin réparée, les travaux étaient importants au vu du montant de la dépense et notre curé desservant va pouvoir officier dans de bonnes conditions, cela démontre aussi que les relations entre Napoléon et le clergé se sont détendues.

1804 – 14 août. An XII de la République Française et premier de l’Empire, 24 thermidor. Décret impérial ordonnant une nouvelle circonscription. Photo doc?

L’esprit centralisateur de Napoléon, a remarqué que la France est partagée en un trop grand nombre de communes et par conséquent il cherche à réduire le nombre de centres décisionnels en réunissant plusieurs communes pour mieux les contrôler.

Réactions des maires de Vernouillet et Verneuil à ce projet.

La commune doit fixer son choix sur deux questions. En premier, la « réunion » avec Verneuil et Médan demandé par le préfet et en second les souhaits de Vernouillet du rattachement éventuel avec d’autres territoires.

En ce qui concerne la première option, le conseil municipal observe :

« Par sa population qui est d’environ 1000 âmes, par sa composition territoriale en trois parties, Vernouillet, Brézolles et Marsinval et de par son voisinage qui n’est que de deux communes bien inférieures en population

Qui font :

1- Verneuil qui n’est éloigné de Vernouillet que d’une portée d’arquebuse dont l’église menace ruine et dont la population n’est que de cinq cents âmes environ

2-Médan qui n’est éloigné de Vernouillet que de neuf hectomètres, sept décamètres et dont la population de 130 âmes puisque compté Breteuil qui en dépend n’est composé que d’environ quarante maisons.

Vernouillet ne souhaite donc pas être rattaché à ces deux communes, par contre la commune revendique la totalité du hameau de Brezolles. «et demande à monsieur le Conseiller d’état, préfet, la réunion à la succursale et au territoire de Vernouillet de six maisons au hameau de Brézolles ce qui les soustrairaient de la succursale du territoire de Chapet. L’intérêt de ces cinq ou six chefs de maisons est la proximité ou ils sont plus que de Chapet pour l’office divin, les cours spirituels et les besoins de vie».

Cette fois le maire n’est pas très amical avec Verneuil, mais la réponse que fait le maire Verneuil à cette même lettre du préfet est encore pire. Voici ce que Marie Claire Tihon cite dans son livre « Verneuil une grande histoire » : « …Cette commune(Verneuil) peut et doit être conservée ; qu’elle ne pourroit dans tous les cas être réunie à celle de Vernouillet qui est la plus proche, sans qu’il résulte de cette réunion une rivalité entre ces deux communes qui réveilleroit le souvenir de la discorde et de l’antipathie qui a toujours divisé les habitants de ces deux communes, de manière que les habitants de Verneuil se trouveroient privés pour toute leur vie de la liberté d’exercer leur culte et suciteroit entre ces deux communes des haines implacables, en ce que les habitants de Verneuil protestent par avance que jamais il n’exerceront leur devoirs dans la commune de Vernouillet. C’est un cri unanime…. Le conseil regarde comme le malheur le plus affligeant l’objet d’une réunion avec Vernouillet… »

Il semble bien que nos aïeux aient souffert d’un mal bien identifié : la peur d’une perte de pouvoir, puisque forcément l'un des deux maires est assuré de perdre sa place.. Peur infondée puisque cette réforme ne verra pas le jour. L’intérêt de cette délibération est de montrer l’antagonisme persistant entre les deux villages et aussi d'indiquer le niveau des populations de Verneuil 500 habitants, Vernouillet 1000 habitants, Médan 130 habitants.

1806 – 24 Décembre. Mort d’Arnoult Laroche à l’âge de 64 ans.

C’est Philippe Pisson son fidèle adjoint, qui l’a accompagné tout au long de l’exercice de sa fonction de maire, qui va assurer l’intérim pendant 6 mois. Personnage dévoué entièrement à Laroche, il ne sera pas candidat à la succession du maire.

1807 – 16 juin.

Une nomination imposée  : Louis Berson sera maire de Vernouillet

On est déjà loin du suffrage universel, le préfet se renseigne et impose l'homme de son choix, voilà la lettre qu'il envoie à Plisson.

Le Conseiller d’Etat, l’un des Commandans de la Légion d’Honneur*, Préfet du Département de Seine et Oise. A Monsieur l’Adjoint au Maire de Vernouillet.

J’ai pris, Monsieur, tous les renseignements qui m’étoient nécessaires pour pouvoir remplacer Monsieur Laroche le Maire de votre commune décédé et je me suis déterminé en faveur de Monsieur Berson dont vous trouverez ci-joint l’acte de nomination. Je vous prie en conséquence de vouloir bien faire toutes les dispositions convenables pour qu’il soit installé dimanche prochain et de vouloir bien m’envoyer de suite la copie du procès-verbal de son installation.

Par autorisation de Monsieur le Conseiller d’Etat, Préfet

Le Secrétaire Général de la Préfecture. Signé Peyronnet

*La légion d’honneur a été fondée en 1802, les premiers bénéficiaires en ont été les militaires en récompenses des services rendus sur les champs de batailles napoléoniens ils se retrouvent nobles d’Empire et amenés à des fonctions telles que celle de Préfet.

Le Dimanche 28 Juin, Louis François Berson, régisseur des demoiselles Duplain, propriétaires du Château de Vernouillet, succède donc à Arnoult Laroche . Peut être pour peu de temps car un décret impérial du 15 avril 1806 impose un renouvellement des maires et adjoints en 1808 .

Il est à noter que la majorité des séances du Conseil municipal se tenait le dimanche, pour ne pas prendre sur les heures travaillées d’une semaine de six jours pleins consacrés au travail des conseillers chacun dans leur profession.

Napoléon a épousé Marie-Louise, fille de l’Empereur d’Autriche le 2 avril 1810. Pour partager son bonheur, et faire plébiscité ce mariage partout en France, il a décrété qu’il parrainerait un mariage dans chaque canton. Notre modeste village a eu ainsi l’insigne honneur d’être choisi pour ce type de célébration.

1810 – 29 avril. Le mariage du siècle à Vernouillet !

Mariage des Epoux dotés par sa Majesté l’Empereur et Roy dans le canton de Poissy en exécution du décret impérial du 25 mars 1810.

« Aujourd’hui vingt neuf avril l’an mil huit cent dix, en exécution du décret impérial du 25 mars dernier contenant des actes de bienfaisance et d’indulgence à l’occasion du mariage de sa majesté l’Empereur et Roy et d’après la lettre de Mr le Conseiller d’Etat, préfet du Département de Seine et Oise, comte de l’Empire en date du 12 de ce mois à Mr le Juge de Paix de ce canton,desquelles il résulte que la cérémonie de mariage des deux époux choisis par la commission et dotés par la munificence de sa Majesté l’Empereur et Roi aura lieu cejourd’hui  dans la commune de Vernouillet».

Le choix des époux a été fait par une commission réunie à Poissy sous la présidence de Monsieur le Juge de Paix.

Fulbert, Nicolas Godefroy ex grenadier de la garde de sa Majesté le Roy de Naples, et Julienne Bouffard  seront les Epoux mariés dans le canton de Poissy par sa Majesté l’Empereur.

Le maire de Vernouillet a procédé au mariage civil  «ce jourd’hui à dix heures du matin à la mairie en présence de leurs pères et mères ,de Mr le Juge de Paix du canton, Mr le maire de la commune de Verneuil membre du collège électoral du Département, Mlles de Persan et de la Cartterie membres du collège d’arrondissement qui ont été les premiers inscrits en l’acte civil de ce mariage».

Tous se sont rendus de la mairie à l’église, le maire donnant la main à l’épouse et précédé de la musique ils ont été reçus à la porte du Temple par Mr le Desservant accompagné de son clergé et conduits aux pieds des Autels.

Extraits du discours du maire:

L’Auguste Alliance que vient de contracter le grand Napoléon assure la Paix et le bonheur des Peuples, les vertus, les qualités et les grâces de son illustre épouse sont un sûr garant de leur fidélité mutuelle. Sa Majesté a voulu faire jouir du même bonheur une portion estimable de ses plus fidèles sujets et les a choisis parmi ces généreux français, ses compagnons de la Gloire qui ont exposés mil fois leur corps et versés leur sang pour le salut et l’indépendance de cette grande nation dont il est doux d’être citoyen. Il leur donne pour compagnes celles qui leur ont rendues comme recommandables parmi ce sexe, la plus belle moitié du genre humain.

Jeunes Epoux, d’une union contractée sous d’aussi heureux auspices il doit naître des rejetons dignes de leurs parents. Vous serez un exemple de vertu sociale et civile. Les jours de paix et de prospérité que nous promet le mariage du grand Napoléon seront les fruits de cette glorieuse époque.

Que le Dieu auteur de tous lieu daigne exaucer le vœu que nous formons pour votre bonheur et assure celui de la Patrie en conservant et protégeant toujours le héros qu’il nous a donné dans sa bonté».

Monsieur le Desservant ajoute dans son propre discours une exhortation touchante sur cette cérémonie, sur les obligations et les devoirs intimes de la vie conjugale. Après la bénédiction nuptiale la messe a été célébrée solennellement et avec toute la pompe religieuse possible.

Les Epoux ont été reconduits à la mairie ou un banquet de cinquante couverts avait été préparé pour les y recevoir. « L’urbanité et la joie présidaient à ce festin. Le maire en fit les honneurs et porta les Santés… à sa Majesté l’Empereur Roy qu’il puisse jouir de la vie la plus longue et du règne le plus glorieux et le plus prospère… à sa Majesté l’Impératrice qu’elle fasse constamment le bonheur du héros, son époux et que sa fécondité nous donne des princes dignes de leurs augustes parents.

Cette fête a été terminée par un bal qui eut lieu dans un local préparé à cet effet, il s’est prolongé jusqu’à minuit, le plus grand nombre de personnes qui y sont venues ont augmenté la joie et l’allégresse qui animaient tous les cœurs »

Pour une fois Louis Berson se montre le digne héritier de Laroche en ce qui concerne les envolées lyriques à la gloire de Napoléon, on le connaissait bon administrateur il a aussi un talent d’orateur. Il a été un bon maire, la suite malheureusement le prouvera, quand la décadence de l’empire sera accomplie il fera tout pour sortir le village de la misère.

1812 -  En août. Le maire de Vernouillet est contraint d’espionner ses voisins !

C’est un exemple typique de la toute puissance de l’Etat qui contrôle tous les rouages de l’économie par le biais de ses fonctionnaires, qui eux mêmes délèguent leurs pouvoirs aux gens de confiance qui leur sont redevables de leur nomination, c’est le cas de Berson que le préfet a choisi en toute connaissance de causes.

Le maire de Vernouillet Louis Berson est nommé commissaire par le sous préfet de Versailles pour procéder au recensement des graines dans les communes d’Andrésy, Maurecourt et Conflans. Il doit « procéder au recensement de toutes les graines qui se trouveraient non seulement chez tous les cultivateurs et fermiers, mais encore chez ceux qui en font commerce ou celui de la farine. … il comprendra dans son procès verbal non seulement le froment, mais encore le seigle et l’orge, le méteil  et le sarrasin. … le commissaire devra leur faire défense expresse de vendre des graines autre part que sur les halles et marchés. Tout maire qui par condescendance, insouciance ou mauvaise volonté apportera entrave à cette mesure sera dénoncé à sa majesté l’Empereur. »

La noblesse d'Empire

On a déjà constaté plus haut que Napoléon a placé la nouvelle noblesse d’Empire, parée de tous ses titres, au commandement et au contrôle de tout l’appareil d’état.

De 1808 à 1814, il y eut 3263 anoblissements, autrement dit un chef de famille noble pour 10000 citoyens contre 7 pour 10000 pour la période de royauté avant 1789.

1813 –14 février. Louis Berson, nommé par un noble d'Empire pour un autre mandat.

Le Préfet de Seine et Oise, Chambellan de sa Majesté, chevalier de la légion d’honneur, de l’ordre de Saint Hubert et de l’aigle d’or de Wurtemberg, commandeur de l’ordre de la Réunion, comte de l’Empire nomme le sieur Berson Louis François pour remplir les fonctions de maire de la commune de Vernouillet, arrondissement de Versailles et le sieur Philippe Plisson pour remplir les fonctions d’adjoint de la même commune.

A Versailles le 14 février an 1813 signé le Comte de Gavre

1814- La fin de l’Empire

La France est envahie par les armées étrangères, Napoléon fait appel à toute la nation pour résister à leurs attaques.

La Garde Nationale

 Le 16 mars 1814, le préfet écrit au maire de Vernouillet «  je vous prie de me faire connaître dans les 24 heures si la garde nationale qui a du être formée d’après la circulaire du 24 février est organisée dans votre commune et dans le cas contraire, vous en occuper sur le champ et indiquer la maison ou vous pourrez établir le corps de garde. Vous m’adresserez aussi l’état nominatif des officiers que vous proposerez pour leur nomination être soumise à mon approbation ». (Extraits des Notes sur Vernouillet d’Albert Labrousse)

Le 18 le maire propose :

« Première compagnie : Bijard Philippe, capitaine, commandant, cordonnier, ex caporal en retraite – Descaris Jean-Baptiste, lieutenant, vigneron, soldat réformé – Bonhomme Jean-Pierre, sous- lieutenant, vigneron, ex sergent.

Deuxième compagnie : Bouffard Jean-Louis, capitaine, vigneron, ex-sergent, Pottier Michel, lieutenant, vigneron, ex-caporal, Zacon Louis Georges, sous lieutenant, vigneron, ex-caporal.

Le local est celui de madame Vidal aubergiste le maire demande de subvenir aux frais de chauffage et éclairage. »

Les deux communes de Verneuil et Vernouillet servent déjà de cantonnement au 7ème bataillon du train qui comprend 4 officiers, 260 hommes, 30 chevaux, le maire sollicite le déplacement de ce bataillon, car dit-il : « nous n’avons plus de ressources, les greniers sont vides… il n’y a plus rien ». Il n’y a dans cette commune ni ferme, ni auberge, ni boulanger, ni maison de commerce, il n’y a que des vignerons dont la plus grande partie vivent de peu et le reste bien pauvrement. Il n’y a que 26 à 30 chevaux entassés dans 2 ou 3 mauvaises écuries pour les mal nourrir. J’ai arraché dans la plupart des greniers les dernières bottes de paille et de fourrage des malheureux vignerons.

Cet échange illustre bien la détresse des élus qui n’ont plus d’argent, doivent rappelés au service des retraités, les plus jeunes de la commune faisant probablement partie des fameux « Marie Louise ». Et l’on voit une fois de plus que Vernouillet est un village de vignerons !

Napoléon abdique

Les défaites de Napoléon et l’invasion de la France par les troupes de la coalition se sont fait durement sentir jusque dans les campagnes par ces réquisitions répétées chez les petits paysans et vignerons qui vivent avec peu de moyens. 

Les troupes alliées ont gagné, Paris est tombé sans résistance. La Seine et Oise est envahie par les Prussiens et les Russes. Le 31 mars les cosaques campent sur les Champs-élysées, Napoléon abdique le 6 avril.

1814 - le 8 avril (Extraits des Notes sur Vernouillet d’Albert Labrousse)

Après le casernement des troupes françaises qui ont vidé toutes réserves du village, les troupes ennemies réquisitionnent sans aucun scrupules.

« Il y a à Vernouillet 1100 soldats Prussiens, 26 officiers et leurs chevaux qui exigent quatre vaches, le logement et la nourriture à discrétion, et les réquisitions se suivent, les habitants sont en colère et vont jusqu’à s’en prendre au maire qui ne fait qu’exécuter la mort dans l’âme. Les troupes alliées se succèdent, le 1er Juin c’est un régiment de la garde impériale russe, le 15 deux divisions prussiennes».

Le retour des Bourbons, les « Cents Jours », la chute d’un Géant.

Le 11 avril 1814, Louis XVIII est appelé sur le trône de France, il établit la monarchie constitutionnelle.

Dès 1815, le régime de Louis XVIII devient très vite impopulaire. Le roi s’est montré habile pour octroyer une charte garantissant les acquis de la Révolution. Mais son entourage et la noblesse de retour d’exil n’ont que des idées de vengeance en tête. La marseillaise est interdite et le drapeau blanc remplace le tricolore. Napoléon décide de revenir et débarque Golfe Juan le 1er mars 1815, le 20 mars il reprend le pouvoir à Paris et il repart en guerre contre la coalition, le 18 juin c’est la défaite de Waterloo. A Paris Fouché et la chambre des représentants l’oblige à abdiquer, le 18 octobre il est à Sainte Hélène jusqu’à sa mort en 1821.

1814 - le 17 juillet le Conseil Municipal est réuni pour « subvenir aux circonstances et satisfaire aux réquisitions demandées depuis l’occupation de ce département par les armées alliées étrangères en denrées, comestibles, fourrages et bestiaux. En ce moment il s’agit de deux muids de vin à la ville de Poissy et des rations en avoine, fourrages et aliments à un détachement des troupes prussiennes stationnées à Villaines et dont la subsistance en hommes et en chevaux doit être fournie par les communes de Villaines, Médan et Vernouillet »

Or la population est déjà dans un état de détresse morale et économique tel que Vernouillet a bien du mal à satisfaire cette demande, d’autant qu’on redoute d’autres réquisitions de ce genre.

Les cents jours, le retour de Napoléon de l’île d’Elbe et la débâcle de Waterloo ont affectés notablement notre village par les pertes en vies humaines dues à la conscription forcenée, on retrouve de nombreuses délibérations concernant des aides accordées à des veuves et d'orphelins sans ressources. Une réelle misère s'est installée, conséquence dramatique de l’occupation de Vernouillet par les troupes étrangères prussiennes et russes, et cela va continuer. L'Etat cependant versera aux communes des dommages et réparations pour dommages de guerre.

 La restauration des Bourbons, Louis XVIII, Charles X,

et l’avènement de la famille d’Orléans avec  Louis-Philippe Ier

Après l’abdication de Napoléon, Louis XVIII est de retour au pouvoir, c’est la deuxième Restauration.

1815 - le 9 Juillet. (Extraits des Notes sur Vernouillet d’Albert Labrousse)

 Le maire de Vernouillet, Louis Berson, recevait et sur le champ faisait afficher ce qui suit :

« Vu l’arrêté de M. l’Intendant Général de Majesté le Roi de Prusse dont la teneur suit :

Nous, Intendant Général des armées de sa Majesté le Roi de Prusse et son Conseiller d’Etat, vu les ordres de S. A. le Prince Blücher de Vahlstadt, Général en Chef des armées prussiennes, avons arrêté ce qui suit :

  1. Le département de Seine et Oise paiera, comme frais de guerre à l’armée Prussienne, la somme de deux millions de francs, dans le plus court délai, et d’après les ordres de M. l’Intendant du Département
  2. Le Département fournira,en outre, tout ce qui appartient à l’habillement, le harnachement et les autres objets nécessaires pour seize cents hommes d’infanterie, six cents hommes de cavalerie et deux cents hommes de l’artillerie,d’après les ordres et les instructions de l’Intendant du Département.

A Versailles, le 3 juillet 1815                                                                        Signé RIBENTROP

Certifié véritable, l’Intendant du Département de Seine et Oise                 Signé : STROBER

1815 – 11 juillet. Indemnisation pour dommages de guerre

 Le sous préfet de Versailles, Débonnaire de Gif, écrit aux maires : » Une des suites les plus funestes de la guerre est la taxe imposée par les puissances alliées plusieurs communes auront d’autant plus de mal à y satisfaire qu’elles ont essuyé pillages et dévastation. Mais c’est encore à vous, qu’est confié le soin de faire connaître aux autorités la position de vos communes. Soyez persuadé que M. le Baron Delaitre déploiera tous ses talents pour venir au secours des communes qui ont le plus souffert ». Graduellement la vie va reprendre ses droits, la prospérité agricole va se reconstituer et le village va sortir de la misère et des déchirements humains qu’il a subis.

Cette période qui s’achève dans la douleur aura marqué notre village par le prix qu’il a eu à payer en vies humaines, en drames dus aux guerres et aux en changements de Régime. Elle restera cependant façonnée dans le cours de son fonctionnement quotidien par les profondes réformes imposées par la République et Napoléon. Au travers des délibérations municipales on voit bien que la commune doit satisfaire en priorité aux lois de l’assemblée aux circulaires préfectorales et que l’initiative municipale s’en trouve certes facilitée mais aussi réduite considérablement.

1815 – 19 décembre. La noblesse se réinstalle au pouvoir.

La monarchie constitutionnelle n’est qu’un leurre en matière de démocratie puisque le roi concentre tous les pouvoirs, ce que l’on peut constater au travers d’un exemple type du rétablissement des privilèges et des faveurs royales envers la noblesse réinstallée en France après son exil, c’est ainsi que de baron on devient préfet

Monsieur le Baron Delaitre, préfet du Département de Seine et Oise reçoit le maire et son Conseil municipal » pour procéder à leur installation et recevoir leur serment de fidélité au Roy »

On note le retour de la noblesse de sang avec Débonnaire de Gif, sous-préfet et le baron Delaitre, préfet aux postes importants, mais l'administration municipale requiert aussi toute l'attention des maires et les manquements sont durement sanctionnés.

1817 – 19 février. Le Garde Champêtre amoureux !

Le conseil municipal: «considérant que les plaintes accumulées d’un grand nombre d’habitants vignerons contre le sieur Bréon, garde-champêtre, l’insouciance et la négligence qu’il met dans l’exercice de ses fonctions sont fondées. Qu’il est notoire qu’il consomme une assez grande partie de son temps au commerce d’épicerie que tient sa femme qu’il a épousée depuis son entrée en fonction, qui lui occasionne des absences fréquentes du terroir qui lui a été confié,

Arrête que monsieur le préfet soit supplié de révoquer le sieur Bréon pour garde-champêtre, que le sieur Jourdain Georges ex canonnier vétéran né et demeurant dans cette commune sera présenté à monsieur le préfet pour remplacer le dit Bréon. »

Voilà une décision empreinte d’une philosophie certes contestable et cruelle mais aussi d’une recherche de l’efficacité maximale au service du bien public ! Nos prédécesseurs ont osé renvoyer un fonctionnaire qui passait le plus clair de son temps dans les bras de sa jeune épouse, ce que la nature autorise mais pas l’administration, pour le remplacer par un ex canonnier à la retraite qui normalement n’aurait pas les mêmes tentations ! Au-delà du roman il faut noter l’importance de la fonction puisque celui-ci reçoit un meilleur salaire que l’instituteur. Le 10 novembre 1839, le garde champêtre Godefroy sera aussi renvoyé «car depuis trois mois il  apporte de grandes négligences dans sa fonction de garde champêtre, rarement on le voit dans les champs, les habitants se plaignent de dégâts qui sont faits dans leur propriété à cause de sa négligence »

1822 - 2 juin. Les finances publiques sont au plus bas

Une somme de 120 francs est allouée, au sieur Godet, marguillier pour indemnité de logement au  presbytère.

Le maire propose à son conseil d’acheter la maison qui sert de presbytère au curé, afin de faire l’économie de la location annuelle qui se monte à 150 francs par an. Cette maison appartient au sieur Massé de Verneuil qui souhaite la vendre et de préférence à la commune de Vernouillet. Mais bien entendu les finances ne le permettent pas même par une imposition extraordinaire, c’est pourquoi » il émet le vœu que le Roy soit supplié de bien vouloir accorder un  secours suffisant pour l’acquisition de ce presbytère ou la présence d’un pasteur est une nécessité sous le rapport de la morale et du bien public et vu la détresse de ses habitants par suite de la stérilité des vignes et arbres fruitiers dans les dernières récoltes». Cette maison sera achetée plus tard par la commune (maison  place Concha.)

1822 – 7 juillet. La Seine difficile à traverser en hiver

Vernouillet fait une demande au Directeur général des Postes pour que la commune soit rattachée à Meulan plutôt qu’à Poissy.

« …considérant que la communication journalière des habitants avec Meulan, sa sûreté en toutes saisons résultant du pont sur la Seine réunit les avantages qui permettent de faire préférer le bureau de poste de Meulan à ceux de Poissy ou Triel que la rivière rend impraticable en hiver à cause des glaces et débordements »

Le climat

Les deux derniers paragraphes sur le presbytère et la poste sont intéressants parce qu’ils fournissent des indications sur le climat de l’époque concernée, la Seine charrie des glaces, les vignes et les arbres fruitiers sont gelés, on retrouve cette constante dans beaucoup d’autres documents  qui viennent confirmer la rudesse du climat dans ces années là.

1824 – 16 septembre. Mort de LOUIS XVIII qui est remplacé par Charles X

Que ce soit sous le règne de Louis XVIII ou de Charles X c’est le retour des « émigrés », l’ancienne noblesse revient en force, mais tous n’auront pas tout perdu. La Restauration leur alloue un milliard d’indemnisation et nombre d’entre eux grands propriétaires terriens vont faire fructifier ce pactole. Mais surtout ils vont monopoliser les places de responsabilité et littéralement envahir la chambre des députés.

C’est ainsi que l’on retrouve le fils de Louis Girardin Comte et député…Le 26 septembre 1824, une concession est demandée « pour le corps du Marquis René Louis Girardin par son fils, le Comte Stanislas de Girardin député de la Seine Inférieure pour la somme de Douze cent francs de laquelle sera prélevé cent vingt francs pour les pauvres du lieu »

1825 –  20 novembre. Impôts payables en argent ou en nature.

Fixation du taux de conversion en argent pour les prestations en nature conformément à la loi du 24 juillet 1824.

Le conseil décide que pour chaque journée : « Le travail d’un homme sera équivalent à un franc cinquante centimes, l’usage d’une bête de trait ou de somme à un franc vint cinq centimes, un cheval de selle, d’attelage ou de luxe à deux francs et la fourniture d’une charrette à trois francs. »

Il est donc devenu légal de pouvoir payer ses impôts en journée de travail d’intérêt public ou collectif. Mais le 15 mai 1828, on apprend qu'iI y a une forte contestation concernant le mode de rachat des prestations en nature qui sont dévaluées par le percepteur.

«  Il parait que dans beaucoup de localités, la loi du 28 juillet 1824 a rencontré des difficultés pour son exécution. Son utilité paraît généralement reconnue mais ses dispositions ont donné lieu à des pétitions à la chambre des députés qui lui ont parues fondées et qu’elle a prises en considération. »

Cependant Berson, notre maire, même s’il admet que pour les contribuables sans ressources le paiement en nature est le seul possible, préférerait que le travail soit exécuté par des professionnels plutôt que par des paysans sans connaissances des règles du métier.  

1830 – 9 août. Louis-Philippe devient le nouveau Roi de France

Il faudra attendre 1827  avant qu’une opposition puisse être écoutée. C’est en 1830 que Thiers fonde son journal « Le National » et enverra son manifeste « Nous sommes dispensés d’obéir ». L’imprimerie sera fermée, signal de révolte pour les républicains, Charles X abdiquera et Thiers fera nommer le 3 août Louis-Philippe Ier comme roi des français.

1831 - 10 juillet.  La garde nationale, et le corps de garde

La garde nationale a été fondée à l’époque de la commune de Paris au tout début de la Révolution. Son premier commandant a été La Fayette qui lui a donné la cocarde tricolore.

Nous avons déjà vu précédemment que cette garde nationale participe à tous les événements de la commune mais qu’elle est aussi une charge puisqu’il faut la loger, la chauffer et lui procurer des armes comme le stipule une circulaire du préfet. « quant à procurer des fusils aux communes au dessous de 3000 habitants pour armer au besoin une vingtaine de gardes nationaux ». Et comme d’habitude les finances ne permettent pas une telle dépense, le maire demande donc à utiliser pour l’achat de ces armes, le paiement de 250 francs des dames De Persan pour leur concession au cimetière.

La Garde Nationale, « instituée pour défendre la royauté constitutionnelle, la Charte et les droits qu’elle a consacrés » est ouverte par la loi du 22 mars 1831 à tous les français âgés de vingt  à soixante ans, s’ils paient un impôt direct.

Le Conseil donne un avis favorable sur la réunion de la compagnie communale des gardes nationaux au Bataillon Cantonal dont l’installation est prévue à Triel et composée des gardes de Triel, Verneuil, Vernouillet, Médan, Andrésy et Chanteloup. On peut remarquer que la Gendarmerie installée de nos jours à Triel couvre à peu près ce même secteur.

Le 15 janvier 1832, le conseil doit voter  «une imposition extraordinaire pour faire face à la dépense de la construction d’un corps de garde dans la commune». L’adjudication au rabais est attribué au sieur Lelarge Charles, maçon patenté et domicilié à Vernouillet, pour la somme de 253 francs. Mais on trouve en même temps un appel à contribution pour la garde nationale cantonale située à Triel, c’est bien la confirmation que les maires qui avaient espéré une économie de la réunion des gardes communales en une garde unique cantonale en sont pour leurs frais car il y a maintenant double garde et double dépense.

1831 - Le conseil municipal, son fonctionnement, mode d’élection.

Il faut rappeler, que depuis la Révolution, l’assemblée constituante a décrété que les députés et tous les fonctionnaires religieux, civils ou militaires sont nommés par un suffrage restreint censitaire à deux degrés. D’abord les électeurs primaires de plus de 25 ans et payant en impôts l’équivalent de 3 jours de travail, et ensuite les électeurs secondaires choisis par les électeurs primaires parmi les propriétaires ou les locataires jouissant d’un revenu de deux cent livres. Tous les autre citoyens c'est-à-dire l’immense majorité des ouvriers et paysans n’ont aucune influence sur le choix de leurs représentants. Napoléon avait pourtant rétabli le suffrage universel mais Louis XVIII l’a annulé pour un système plus favorable à la bourgeoisie (loi Lainé de 1817). La loi du 21 mars 1831 règle l’élection des conseillers municipaux par les habitants les plus imposés ou les plus notables de chaque commune. Système qui sera étendu aux conseils généraux et à ceux d’arrondissement par la loi du 25 juin 1833. A partir de cette date deux millions d’électeurs vont s’initier à la vie politique, ce n’est pas encore la pleine démocratie mais on est sur le bon chemin.

Le mode d’élection

Nous retrouvons dans l’examen de chaque budget la présence des électeurs censitaires appelés plus communément « les plus forts contribuables » au coté des conseillers municipaux. Le mot censitaire vient du mot latin cens qui est employé pour définir une quotité d’imposition nécessaire pour être électeur.

La loi du 21 mars 1831 sur l’organisation municipale stipule que les attributions des membres du Conseil doivent se faire par voie de scrutin.

1831- 9 octobre. Procès verbal d’installation du corps municipal

Par arrêté du Préfet en date du 4 octobre, Monsieur Berson Louis est nommé maire de Vernouillet. Il prête serment le dimanche 9 octobre

«Je jure fidélité au roi des français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du Royaume».

Sont élus conseillers dans l’ordre du tableau : Mesnil Jean-Louis, Martin Charles François, Delarue Louis Etienne, Pottier Michel, Voyer Jean-Baptiste, Bouland Théodore, Boy Charles Etienne, Bouffard Alexandre fils, Badaire Polycarpe, Martin Louis père, Churlet Louis Charles.

1834 – 12 octobre.  L’assemblée communale, renouvellement

Opération de renouvellement triennal par tirage au sort de la première moitié du conseil pour le renouvellement de 1834 «ayant été inscrits sur des bulletins séparément et uniformément ployés et déposés dans un vase couvert il a été tiré au sort quatre membres sortants dont les noms se sont trouvés être ceux de : Mesnil Jean-Louis, Pottier Michel, Delarue Louis Etienne, Bouland Théodore»

Le nombre de votants est de 45. Ce petit nombre d’électeurs est bien la confirmation que nous sommes repassés au système des électeurs censitaires, et presque sans surprises ce sont les sortants qui sont réélus. L'élection n'ayant pas été contestée, «le président a brûlé les bulletins en présence de l’assemblée».

1835 – 16 novembre. Les gardes Messiers

 Ils sont comme l’indique l’origine latine du mot (messis = moisson) chargé de la garde des récoltes. Le 16 novembre 1835,  en l’absence de garde champêtre le conseil municipal nomme des gardes messiers chargé de la police rurale. Ils contrôleront aussi « les travaux de réfection de chemins effectués l’hiver par les habitants (impôt en nature) et veilleront à ce que des habitants de Chapet n’abusent pas de l’usage de faire pâturer leurs troupeaux sur les propriétés des habitants de Vernouillet ce qui leur porte préjudice ».

Ces « messiers » et le garde champêtre sont absolument indispensables dans notre campagne, car de nombreux individus sans travail et poussés par la faim chapardent  les fruits et légumes, on verra plus tard que les mendiants seront recensés pour chaque village.

Le 18 février 1838, quatre gardes messiers, MM. Delarue, Pottier Jean Baptiste fils de Louis, Fouché, Pottier Pierre Philippe  sont nommés pour aider le garde champêtre, « attendu que le territoire est trop étendu pour que le garde champêtre puisse veiller exactement partout. »

1836 – juin. Exemple des rapports entre le préfet et le maire

Convocation des électeurs pour l’élection municipale. Voyer Jean-Baptiste sera élu maire, mais pour peu de temps, du 23 juin au 13 août. Une délibération indique même: maire provisoire. Car du 18 août 36 au 4 juillet 37, Jean-Baptiste Churlet nouveau maire de Vernouillet, reçoit les instructions du préfet:

« Monsieur le maire, j’ai l’honneur de vous envoyer expédition de l’arrêté que je viens de prendre, pour la convocation des électeurs de Vernouillet le dimanche 17 juillet, à l’effet d’élire onze conseillers municipaux. Je vous envoie aussi le nombre de cartons nécessaires à la convocation des électeurs. Vous devrez faire à la main le procès verbal en vous conformant aux modèles déposés dans les archives de votre mairie. Vous aurez la bonté de m’en envoyer une copie cinq jours après l’élection.

Vous me demandez par votre lettre du 6 juillet si vous pouvez faire l’élection dans l’église. Il ne vous appartient pas de disposer de l’église, seul le curé en est le maître, c’est donc à lui que vous devez vous adresser puisque lui seul peut vous donner la permission que vous demandez et sans laquelle vous ne pouvez disposer de l’église.

Agréer Monsieur le maire l’assurance de ma considération distinguée.

Versailles le 9 juillet »

Comme on l’a déjà vu les Préfets régissent et réglementent chaque acte de la vie publique et garantissent ainsi l’homogénéité du territoire national, mais la place laissée à l’initiative municipale se rétrécit comme peau de chagrin. Les relations avec le clergé s'améliorent.

1836 - 10 juillet.

Recensement des pauvres et dépôt de mendicité

« Par arrêté du Pair de France, Préfet de Seine et Oise il est obligatoire de procéder à un recensement des pauvres et invalides dans chaque commune. »

Jusque là, la commune répartit les dons de charité, que Mlle de Persan lui octroie, par son bureau de bienfaisance, l’ancêtre de nos centres d’actions sociales, elle y ajoute une petite somme chaque année. La commune est aussi assujettie à une participation communale au dépôt de mendicité  départemental. Le Préfet enjoint les communes à fournir du travail aux mendiants valides. Le maire réagit en interdisant la mendicité sur le territoire et en faisant apposer des plaques aux entrées du village interdisant toute mendicité.

Les registres des délibérations comportent un nombre croissant de décisions concernant le social, le bureau de bienfaisance, les hospices ; la mendicité et les difficultés à trouver du travail.

On peut penser qu'il s'agit là des prémices à une explosion sociale qui conduira à la IIème République, d'autant plus que certaines communes agricoles sont sinistrées par la grêle.

La commune est avisée « qu’une somme de 900 francs est accordée aux habitants de Vernouillet pour les pertes éprouvées par l’effet de la grêle, plus une somme de 100 francs  par la famille royale et une somme de 200 francs résultant des quêtes.

Les conditions météorologiques ont du être catastrophiques pour qu’une telle mobilisation se fasse autour des sinistrés, mais il est vrai que toute l’économie du village repose alors sur les récoltes du vignoble.

Le 4 juillet 1837, Mesnil Jean Louis sera élu  maire de la commune et le restera jusqu'au 14 mai 1848.

1844 – 10 mars. La vaine Pâture

Arrêté municipal réglementant la pâture des bêtes à laine, pour la vaine pâture

« Considérant que la commune est principalement constituée de parcelles d’arbres fruitiers de vignes et d’autres verdures telles que : trèfle, luzerne, bourgogne, prés naturels et d’autres en denrées à graines, que les bêtes à laine portent obstacle et nuisent aux arbres fruitiers, ces derniers ne pourront être menés à la vaine pâture qu’à partir du 11 novembre jusqu’au premier mars». Et trois ans plus tard la commune demandera la suppression pure et simple de la vaine pâture

1846- Premier novembre.

Premiers équipements techniques de la commune

Le préfet incite la commune a faire l’acquisition de deux instruments, à savoir : un Pantographe et un Calquoir servant pour la confection des plans et états des chemins pour une somme de six francs.

1848 – 24 février. La Deuxième République. Gouvernement provisoire de la République avec Lamartine, Ledru-Rolin, Arago, Garnier-Pagès, Louis Blanc et Martin

1848 – Elections municipales

Installation du maire de l’adjoint et des conseillers municipaux, le suffrage universel est rétabli.

Vidal Louis Alexis, est élu Maire avec 164 suffrages

Pottier Augustin, Adjoint avec 124 suffrages

Renne Auguste Honoré Thésée 118, Berson Henry Jean-Charles Louis 116, Martin Jean-Charles François 111, Bouffard Alexandre 105,  Boy Charles fils 105, Delarue Louis Etienne 82, Pottier Germain 75, Churlet Victor Pacifique 71, Hannière Louis Auguste 60, Churlet Jean-Louis Benjamin 59.

 Le travail manque, la révolution sociale est en marche

La crise économique qui sévit depuis 1846 durera jusqu’en 1851, elle marque la transition d’une économie à prédominance agricole vers une économie industrielle. La hausse des prix agricoles et du coût de la vie entraînent une sous consommation des produits industriels et donc une diminution des emplois ouvriers.

Le 30 octobre 1848, le maire fait connaître au conseil les directives gouvernementales.

« Le commissaire du gouvernement rappelle que l’assemblée nationale par décret du 28 septembre et, dans le but de fournir du travail aux ouvriers qui en manquent à la mauvaise saison, a voté une somme de six millions de francs spécialement destinés à l’exécution des travaux sur les chemins vicinaux. Laquelle somme sera répartie entre les départements »

Mais pour y avoir droit, il est demandé une participation de la commune qui refuse toute imposition nouvelle vu la faiblesse des revenus des habitants, pourtant un mois plus tard, sur une nouvelle injonction du préfet elle doit se résoudre « à voter une augmentation des quatre contributions directes».

Dans un revirement spectaculaire, les conseillers et les plus forts imposés considèrent « que le ralentissement des entreprises et la stagnation des affaires en général laissent un grand nombre de bras inoccupés, qu’il est urgent et humain de procurer du travail aux nécessiteux» .

La position de la commune qui avait refusé cet impôt « social » en octobre a certainement retenu toute l’attention du préfet qui s’est empressé d’enjoindre la commune d’obtempérer, on voit bien là le peu de liberté laissé aux municipalités dès qu’il s’agit de lois ou décret d’ordre national. La leçon a été retenue puisque le 11 février 1855, répondant à une nouvelle circulaire du préfet qui enjoint les communes à s’engager à créer des travaux d’utilité communale afin de venir en aide aux nécessiteux et sans travail, le maire suivant l’avis de l’agent voyer soumet un projet pour rendre accessible aux voitures le parcours de la rue de la Rochelle. Les travaux de terrassement, d’empierrement et de pavage se montent à la somme de 600 francs.

1848 – 10 décembre. Louis-Napoléon Bonaparte est président de la République .

En 1851, Louis-Napoléon Bonaparte dissous l’assemblée, rétablit le suffrage universel et propose une nouvelle constitution qui sera approuvée.

Le 2 décembre 1852 décembre. Il est couronné comme empereur des Français.

Napoléon III, n'est pas le personnage que l'on a souvent décrit. Il a réellement conçu un programme économique, social et politique moderne. « Il faut donner à la classe ouvrière une place dans la société, des droits et un avenir, et la relever par l'association, l'éducation et la discipline... gouverner c'est conduire les peuples vers un meilleur avenir »

Et nous allons le constater, avec la mise en place par exemple des sociétés de secours mutuels.

1er février 1852 – Elections municipales  

Il y a 146 votants.

Rennes Auguste Honoré Thésée 123 suffrages est élu maire,

Pottier Augustin 103 suffrages est élu adjoint,

Bouffard Etienne 88, Hannière Louis Auguste 87, Martin Jean Charles François 87, Bouffard Alexandre 86, Vidal Lucien Alexis 82, Mesnil Jean Louis 81, Bouffard Joseph 78, Pottier Germain 77, Pottier Philippe Etienne 62 Churlet Jean Louis Benjamin 42 sont élus conseillers municipaux.

1853 - 26 mars. Social. Les Sociétés de secours mutuels

Suivant la circulaire du préfet du 21. 2. 1853, du décret du 28 mars 1852 et la circulaire ministérielle du 29 mai 1852, les communes sont invitées à former et à encourager la formation de sociétés de secours mutuels.

Le conseil considérant « que la localité est essentiellement agricole, qu’elle ne renferme pas les éléments pour former une association mutuelle de secours, que seuls les membres honoraires pourraient participer est d’avis d’ajourner la formation d’une telle société jusqu’à ce que le bénéfice d’une pareille institution soient mieux apprécié par l’exemple donné dans d’autres localités ». On peut comprendre la frilosité des élus à s’engager dans l’inconnu et surtout comme ils le font remarquer pour une minorité d’habitants ayant la capacité de souscrire. Et pourtant le 10 novembre 1860, Auguste Rennes, le nouveau maire, saisira le Conseil qui donnera son accord  «sur la demande de la société de secours mutuel de Saint Louis de Poissy qui désire que la commune de Vernouillet soit comprise dans sa circonscription».

Le 4 mai 1861, Vernouillet reviendra sur sa décision d’adhérer à la société de secours mutuel de Poissy « plusieurs personnes ayant fait remarquer qu’il est difficile de comprendre la commune de Vernouillet dans la circonscription de Poissy à cause de son éloignement et attendu que les médecins qui habituellement soignent les malades de Vernouillet viennent de Triel». Le Conseil demandera donc au préfet d’annuler sa précédente délibération et lui demande d’autoriser Vernouillet à faire partie de la société de secours mutuel de Triel.

1855 - Elections municipales Le mode d’élection n’est plus censitaire, mais restreint par les contraintes de la loi.

Rennes est maire sortant depuis 1851. Il y a 132 votants.

Rennes Auguste Honoré Thésée 113 suffrages est élu maire,

Pottier Augustin 100 suffrages est élu adjoint,

Pottier Philippe Etienne 91, Bouffard Etienne 88, Martin Jean Charles François 88, Bouffard Joseph 80, Hannière Louis Auguste 78, Pottier Germain 76, Mesnil Jean Louis 73, Bouffard Etienne 69, Pottier Charles, Churlet Jean Louis Benjamin sont élus conseillers municipaux. La prestation de serment a lieu le 15 août. « Je jure fidélité à la constitution et à l'Empereur »

1856-1857 Budget et coût de la vie

Le budget des dépenses est établi à 7548 francs, il était de 6265 en 1851 et 4035 francs en 1848 l’augmentation est constante mais on sait que la hausse du coût de la vie a été importante  à cause d'une crise économique sérieuse entre1847 et 1851.

« La commune vote une somme de 100 francs pour les plus nécessiteux attendu que la cherté des vivres, pendant les années qui viennent de s’écouler, a occasionné beaucoup de misères et a accru le nombre d’indigents à secourir ». On ajoute aussi 50 francs pour le médecin des pauvres , 30 pour les médicaments des pauvres , 100 pour le pain pour les pauvres , et une contribution de la commune au département pour les enfants trouvés.

Quelques commerçants et artisans entre 1850 et 1858 Vernouillet.

Le maire informe qu’il a loué au «sieurs Bonhomme, maître drapier de Chanteloup et Tillard maître charcutier à Triel une salle servant de corps de garde dépendant de la maison d’école pour leur servir à déposer et vendre leur marchandises trois jours par semaine »

Le préfet demande à la commune de payer ses factures en retard:

- Lelarge fils, entrepreneur à Vernouillet, pour travaux de maçonnerie au cimetière

- Lacroix, agent voyer à Poissy, pour la confection de plans de la commune

- Godefroy, ferblantier à Triel, pour la fourniture d’un poêle

En 1864, les sieurs Ciza charpentier à Triel et Chéronnet, maçon à Vernouillet ont réalisé les étayages et les travaux nécessaires à la sécurité dans l’église.

Le 30 mai 1869 «Considérant qu’il est de notoriété que le sieur Chéronnet est le plus habile entrepreneur de la localité et des environs pour l’exécution des travaux relatifs à des retenues d’eau », le maire lui confie la réparation de l’abreuvoir communal.

En 1876, le médecin qui visite les pauvres de  Vernouillet est le docteur Lobra, et le charron est M.Gulin.

Les plus imposés de la commune en 1858

Ils sont bien sur électeurs et éligibles, et sont consultés par le maire pour certaines délibérations (par exemple pour celle de l’achat d’un terrain) et pour l’établissement des comptes et du budget.

Churlet Victor Pacifique, Thierry Charles Denis, Gonse Henri Jean, Gonse Jean Félix Emmanuel, Boy Charles, Zacon Pierre Paul, Gonse Pierre Abraham, Paris Félix Alexandre, D’Alfaro Nicolas, Le Comte de Taleyrand, Bourdreaux Louis Martin, Churlet Louis Charles.

1858 – 30 novembre.  Le mobilier médical, le préfet a toujours le dernier mot.

Le préfet engage la commune à mettre en place un mobilier médical conforme aux règlements. Comme il existe une pharmacie à Triel à très faible distance, Vernouillet n'en voit pas la nécessité « l’établissement d’un mobilier médical serait une avance de fond inutile attendu que toutes les préparations nécessaires pour combattre tous les genres de maladies n’y seraient pas contenues et seraient assujetties à se gâter avec le temps vu l’usage peu fréquent qu’on en fait». Le 13 mai 1960 le Conseil acceptera après rappel du préfet que le matériel médical soit placé dans une armoire fermant à clef  en mairie.

1859 – 13 novembre. La danse au secours des pauvres

Ressources à créer pour venir en aide aux indigents l’hiver:

Les conseillers ont constatés que les quêtes dans les églises ou à domicile ne produisent que de très faibles sommes, en conséquence ils proposent que le quart de la recette brute du bal qui a lieu chaque dimanche soit destiné aux pauvres. Et en effet à partir de cette date Thierry Charles Denis Rennes offrira une somme de deux francs pour les pauvres « sur la provision de son bal toute les fois que l’on dansera chez lui» somme qui produira environ cent francs par an.

1859 – 13 novembre. Les plâtriers sources de tous les maux.

La commune est astreinte à payer sa quotte part pour l’entretien du chemin d’intérêt commun n°2 (avenue de Triel), la commune prie monsieur le préfet de vouloir réduire sa participation et de reporter la somme dont elle serait déchargée sur les plâtriers ou sur Triel, qui font passer sur ce chemin de 80 à 100000 kilos de plâtre par jour. Le 13 mai 1860, le conseil prie à nouveau le préfet «d’examiner ses explications et lui demande de considérer cette prise de position non pas comme un refus de soumission à l’autorité mais comme l’action d’une commune qui défend sérieusement ses intérêts». Le 22 juillet 1960, Vernouillet sera sommé par le préfet de bien vouloir voter les fonds nécessaires à cet entretien.

Cette demande nous instruit sur le trafic du tout nouveau pont et sur l’activité des carrières de plâtre du coteau en face, c’est en effet une période de construction intense et des grands travaux à Paris sous la direction du Baron Haussmann. Et on voit une fois de plus que le contrôle des préfets s'exerce sans relâche ni régime de faveur.

1860 – 13 mai. Un exemple de budget en 1860

Etaient présents à cette séance les conseillers municipaux et les plus imposés.

Vu le budget approuvé pour 1860 et les comptes rendus tant par le maire que par le receveur municipal.

Vu pareillement le budget proposé pou l’année 1861 duquel il résulte que les recettes ordinaires admises au budget proposé pour 1861 ne s’élèvent qu’à la somme de 7444.77 francs à laquelle il convient d’ajouter :

  1. l’imposition pour le salaire du garde champêtre: 525.00
  2. l’imposition pour les dépenses des chemins vicinaux: 2141.95
  3. l’imposition pour l’instruction primaire: 800.52
  4. les produits de legs et donations: 0
  5. la restitution scolaire: 1026.00
  6. la subvention pour l’instruction primaire: 0

A reporter total de la recette: 4637.84

Tandis que les crédits proposés pour les dépenses annuelles et ordinaires ci après désignés s’élèvent, savoir :

Traitement du secrétaire de mairie:100.00                             

  Frais de bureau de la mairie: 25.00

Abonnement au Moniteur des communes: 6.00           

Abonnement au bulletin de l’Intérieur: 4.00

Abonnement au bulletin des lois: 2.50                 

 Abonnement  bulletin de l’instruction primaire: 0

Frais de registre de l’Etat civil: 29.00                     

 Impression à la charge des communes: 6.00

Timbre comptes et registres comptabilité : 6.00            

Timbre des mandats de paiements:  15.00

Remises du receveur principal: 168.84                           

Remises au percepteur sur  Rôle: 109.17

Frais de la taxe sur les chiens:6.00

Traitement du tambour afficheur:30.00                 

Traitement du garde champêtre: 525.00                                         

 Confection du budget: 15.00

Traitement et frais  du commissaire de police: 49.00                         

Médecin des pauvres:100.00

Entretien des toitures et lavoirs :160.00                             

Contribution de biens communaux: 1.50

Assurances des bâtiments communaux: 4.60             

Loyer et entretien  maison commune: 50.00

Entretien de l’horloge: 90.00         

Entretien des aqueducs, lavoirs, fontaines, puits, mares: 50.00

Entretien des rues :  50.00                          

 Frais de confection du Rôle des prestation : 10.00

Salaire du cantonnier: 350.00                                     

 Curage des mares et fontaines: 50.00

Médicaments pour les pauvres: 0                                

Pain et viande pour les pauvres: 100.00

Part de la commune  pour les enfants trouvés: 10.70         

Secours en nature aux pauvres: 50.00

Traitement des instituteurs y compris la rétribution:1226.00    

Entretien de maison d’école: 50.00

Supplément de traitement à l’instituteur: 0                                            

 Prix achat de livres: 10.00 

Imprimés pour recouvrement  rétribution scolaire: 2.52           

Chauffage  salles de classe: 60.00

Entretien mobilier des classes: 60.00                             

 Manuel des contributions directes: 12.00

Agrandissement d’un lavoir, acquisition de terrain: 250.00               

Chauffage de la mairie: 10.00

Supplément traitement  desservant: 150.00               

Loyer du presbytère et contribution: 390.00

Subvention à la Fabrique: 60.00                                     

Entretien des églises et presbytère: 0

Dépenses imprévues: 100.00

TOTAL DES DEPENSES : 6729.78 francs

TOTAL DES RECETTES : 4637.84 francs

En conséquence il reste à pourvoir à un déficit de 2091.94 francs.

Considérant que les dépenses ci-dessus répondent aux besoins de la commune il est voté une imposition extraordinaire de 2091.94francs.

« Fait en séance les jour, mois, an sus dits et ont voté et signé la présente délibération les conseillers municipaux et les plus imposés de la commune ».

1860 – 12 août. Installation du maire et de son adjoint. Le retour d'un Berson.

Monsieur Berson Henri Joseph Charles Louis est nommé maire par arrêté préfectoral du 4 courant. Monsieur Berson étant debout la main droite levée a prêté serment :

« Je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l’Empereur »

Maire : Berson Henri Joseph Charles Louis

Adjoint : Pottier Etienne Philippe

Conseillers municipaux: Vidal Lucien Alexis, Martin Jean Charles François, Bouffard Etienne, Churlet Jean Louis Benjamin, Churlet Nicolas, Hannière Georges, Pottier Augustin, Pottier Charles, Rennes Auguste, Martin l’aîné Benoît.

Les plus imposés : Gonse Pierre Abraham, Migonnet Léon, Paris Jules Alexandre, Gonse Jean Félix Emmanuel, Gonse Henri Jean, Churlet Louis Charles, Boudreau Louis Martin, Talleyrand (le comte), Boy Charles fils, Churlet Victor Pacifique, Thierry Charles Denis, Zacon Pierre Paul, Mesnil Jean Louis.

Les années 1852 à 1870 constituent une période privilégiée de prospérité agricole et la France tente de suivre le modèle agricole et économique anglais, mais ce n'est pas toujours du goût des habitants si l'on peut dire.

1860 – 10 novembre. Une fabrique d’engrais !

Le maire expose : «  que les sieurs Payen et Herford ont demandé à créer sur le territoire des Mureaux, lieu dit les Puiseux, une fabrique d’engrais animalisée au moyen de la cuisson d’animaux morts ou hors de service ». Le Conseil après grandes délibérations considère : « qu’il y aurait de graves et nombreux inconvénients à permettre la création d’un tel établissement, que l’un des moindres serait l’éloignement immédiat des personnes qui occupent les maisons de plaisance ou de campagne qui existent en grand nombre dans les environs » Cette affirmation vient confirmer ce qui est traité dans d’autres chapitres et qui définit la vallée de la Seine dans notre région comme un lieu de villégiature ou de nombreux parisiens ont fait construire les villas. (voir chapitre maisons).

1863 – août. Un cantonnier trop cher payé

Le maire propose « que le cantonnier des chemins vicinaux qui jusqu’à présent était payé à l’année à raison de 350 francs l’an, mais qu’il est certaines saisons ou il n’y a rien à faire et qu’un travail mieux réparti serait plus à l’avantage de la commune. Il propose qu’à l’avenir le cantonnier soit payé 60 francs par mois seulement pendant les temps favorables soit environ une période de six mois ».  En comptant bien cela fait 360 francs soit 10 francs de plus pour seulement la moitié du temps de travail, voilà une bien étrange façon de gérer les dépenses publiques !

1864 – 2 mai. Pompe à incendie et corps de pompiers

Depuis 1843 la commune « considérant que les très fréquents incendies occasionnent des dommages considérables, faute de secours suffisants et de l’attente importante de l’arrivée de la pompe de Triel» souhaite acheter une pompe à incendie et organiser un corps de pompiers. La commune propose de se doter d'une subdivision de gardes nationaux pompiers de 20 hommes. « M. le Préfet est prié d’accorder l’autorisation nécessaire et de solliciter de l’Etat les fusils, les mousquetons et les sabres poignards nécessaires à l’armement de cette troupe, la commune demeurant chargée de fournir tout ou partie de l’équipement. Et attendu que la somme allouée au budget pour l’acquisition d’une pompe n° 2 et de ses accessoires est insuffisante demande au préfet un secours pour cette dépense ».

M. Bouffard, conseiller municipal offre, à condition d'être remboursé sur 3 ans de doter immédiatement la compagnie de sapeurs pompiers de petits équipements à savoir, «  casques, képis, plumets, blouses, pantalons, épaulettes, sabres poignards, ceinturons et fourreaux de baïonnettes.

Ce qui est tout de même étonnant c'est le type d'équipement de ce corps de pompiers qui s'apparente plus à celui d'un soldat. Il est vrai que l'on dit « les soldats du feu » mais quand même.

Réorganisation du corps de pompiers

Le 25 novembre 1876, pour suivre les instructions du ministre et du préfet, le Conseil considère « que la subdivision peut être ramenée de 20 à 15 hommes, le matériel et la pompe sont en bon état et remisé dans un local près de la maison commune». Le conseil prie donc M. le préfet d’autoriser la réorganisation de la subdivision de Vernouillet, cette diminution d'effectif ne durera pas plus de 6 ans , en juin 1882 il y a à nouveau 21 sapeurs.

1865 – mardi 15 août. Installation du conseil municipal

Sont élus : Berson Henri Joseph Charles Louis, Pottier Etienne Philippe, Rennes Gaston Félix Auguste, Pottier Augustin, Bouland Pierre Paul Théodore, Martin Louis Adolphe Bénoni, Décaris Jean Baptiste, Pottier Germain, Bouffard Joseph, Hannière Louis Auguste, Bonhomme Jean Baptiste.

Le 17 septembre M. Berson Henri Joseph Charles Louis sera à nouveau installé comme maire et M. Pottier Etienne Philippe comme adjoint

A l'élection du 20 août 1870 le seul changement sera celui de l'adjoint M. Bonhomme Jean-Pierre, entre le ballet des Pottier sortants et rentrants c'est surtout l'arrivée de M. de Saint Léger qui est à retenir.

 LA FIN DU SECOND EMPIRE

Aventure mexicaine, déboires internationaux et avancée des adversaires politiques républicains, avec Thiers, Gambetta  et Ferry n'arrête pas Napoléon III, il arrive même a être plébiscité et sur de lui déclare la guerre à la Prusse. Le 1er septembre il est prisonnier, les Prussiens vont assiéger Paris et s'installer à Vernouillet.

1870 – 1871. La guerre et ses conséquences sur le village

 ( document A. Labrousse)

En 1871, le maire expose qu’en vertu d’un ordre du gouvernement général prussien du Nord de la France en date du 15 février chacun des départements sous son administration est imposé pour une contribution de guerre en proportion de ses ressources financières. «  Pour le département de Seine et Oise cette contribution est fixée  à la somme de DIX MILLIONS DE FRANCS.

Que d’après la répartition aux contributions directes la part de Vernouillet est fixée à ONZE MILLE HUIT CENT QUATRE VINGT FRANCS. Qu’au titre de  la contribution mensuelle pour février la commune se voit contrainte à payer 2417 francs. Soit un total de 14297 francs. »

Le Conseil considérant « que contre la force, il n’y a pas de résistance possible et pour éviter les mesures rigoureuses dont elle est menacée en cas de refus » décide de se procurer cette somme par emprunt communal. Chacun des habitants est invité à déposer en numéraire la somme qu’il pourra jusqu’à concurrence de 14297 francs. Cette somme sera réunie, trois des contributeurs ont déposé entre 2000 et 1000 francs. La plupart des sommes déposées par une vingtaine d’habitants oscillent entre 200 et 100 francs, la majorité des Vernolitains composée de vignerons, n’a pas été en mesure de souscrire la moindre somme.

Et ce n'est pas fini, la commune doit s’imposer extraordinairement sur l’année 1873 d’une somme de 3538 francs pour payer le reliquat de réquisitions faites directement à la commune par l’armée allemande.

Maigre consolation, le 21 septembre le maire avise son conseil que l’Etat vient de mettre à disposition de la commune une somme de 6859 francs pour rembourser aux habitants partie ce qu’ils ont dû verser au titre de contributions de guerres à l’armée ennemie. 

 Mac-Mahon, Président de la République

1875, la Constitution de 1875 et le triomphe définitif de la République

Cette constitution organise l’action du gouvernement au moyen de trois nouvelles lois :

La première sur l’organisation des pouvoirs publics, la deuxième sur l’organisation du Sénat et la troisième concerne les rapports des pouvoirs publics. On y a joint deux autres lois organiques sur l’élection des sénateurs et sur le Conseil d’Etat. Le mot de République, évité jusqu’alors fut introduit dans l’amendement Wallon et voté à une seule voix de majorité. Cette constitution a régi la France jusqu’en 1940.L’exécutif est confié a un Président élu par les deux chambres, Sénat et Députés, pour sept ans, il est rééligible. Les Députés sont élus tous les quatre ans par le suffrage universel direct, et les sénateurs sont élus par le suffrage universel à deux degrés pour neuf ans. Sur 300 sénateurs 225 sont élus par les départements et 75 « inamovibles » par l’assemblée nationale. La révision de la Constitution en 1884 supprimera ces inamovibles et le Sénat sera alors renouvelé par tiers.

1876 – 16 janvier.  Application des nouvelles lois électorales votées en 1875

  1.  loi constitutionnelle  sur l’organisation du Sénat
  2.   loi organique sur les élections des sénateurs
  3.  loi  fixant à ce jour (16 janvier) l’élection  des délégués au sénat des conseillers municipaux

Par décret du 3 janvier 76 convoquant les conseils municipaux le Conseil est invité à procéder sans débat au scrutin secret et à la majorité absolue pour l’élection d’un délégué. C’est à l’issue de trois tours de scrutin qu’il a fallu départager M. Thierry et M. Berson au bénéfice de l’âge c’est ce dernier qui a été élu. Trois tours supplémentaires auront aussi été nécessaires pour élire M. Thierry comme délégué suppléant. Les places sont chères!

1876 – 8 octobre. Des élections municipales mouvementées 

Après élection de M. De Saint Léger comme secrétaire de séance et de trois scrutateurs, les plus âgés des conseillers MM. Vannier, Churlet et Thierry le président a donné lecture de la loi du 12 août 1876 et de l’arrêté préfectoral du 14 septembre dernier.

Chaque conseiller a remis son bulletin au président qui l’a déposé dans l’urne. Le dépouillement a donné une majorité après trois tours à M. De Saint Léger qui a refusé la fonction de maire. Trois nouveaux tours ont été nécessaires pour réélire M. Henri Berson comme maire et trois tours aussi pour élire M. De Saint Léger comme adjoint. Le président a ensuite brûlés les bulletins en présence de l’assemblée.

Mais le 25 novembre 1876 de nouvelles élections ont lieu. Monsieur de Saint Léger est élu avec 8 voix contre une à M. Vannier et un bulletin blanc.  M. Thierry est nommé adjoint

Janvier 1879, les républicains détiennent les pouvoirs et Jules Grévy est élu président de la République

1879 – 18 mai

Social, création d’un bureau de bienfaisance

Le conseil accepte cette création, celui-ci sera alimenté par les dons, legs, donations, et le tiers des sommes recueillies pour les concessions au cimetière. Ce qui est étonnant c’est que plusieurs fois dans le passé, il ait été fait mention de ce bureau de bienfaisance et de son action, il est probable que ce bureau a fonctionné jusqu’à ce jour de façon non officielle.

Le 9 novembre 1879 deux délégués seront élus au bureau de bienfaisance M. De Saint Léger et M. Vannier, selon la loi du 5 août 1879 qui régit l’administration de ces bureaux.

1879 – 7 septembre. Changement de maire

Le docteur Vannier est président de séance,  M. De St léger obtient une majorité de voix au premier tour mais décline accepter cette fonction. Au troisième tour c’est M. Rennes Gaston Félix, qui est élu maire.

Monsieur Vannier doyen d’âge exprime le profond regret de la démission de M. De Saint Léger et lui adresse des remerciements pour services rendus sous son administration.

1880 - 25  juillet. Pétition des habitants de Bures, demandant l’érection(sic) de leur hameau en commune en annexant Marsinval!

Pétition  des habitants des hameaux des Feugères et du Tremblay.

Le Conseil considérant :

« -que le territoire de Vernouillet est parfaitement délimité par le chemin de Brézolles aux Feugères, que le hameau de Marsinval  a ses intérêts liés à ceux de Vernouillet

- que le lait, les fruits et les produits de la terre sont portés à la station de Triel située à Vernouillet et qu'en conséquence le fermier de Marsinval continuerait à détériorer les chemins de Vernouillet tant par le transport des denrées que par celui des engrais qu’il fait venir de Paris et qu'il serait alors injuste qu'il paie ses impôts à Bures

- que le propriétaire de la ferme de Marsinval qui réclame également l’annexion à Bures n’est guidé que par des considérations personnelles essentiellement financières

Attendu que les autres habitants de Marsinval, ceux des Feugères et du Tremblay sont contre ce projet, le Conseil s’oppose énergiquement au retranchement de Marsinval et réclame le paiement des impôts votés qui autrement retomberaient sur les autres habitants.

M. Gonse propriétaire de la ferme de Marsinval est le seul à donner son adhésion au projet, c'est en effet le plus gros contribuable de Vernouillet et il cherche ainsi à se soustraire aux impôts vernolitains qui sont élevés en raison des multiples travaux engagés sur la commune.

1881 – 26 mai.

Un abattoir à Vernouillet 

La commune refuse l’établissement «d’une tuerie d’animaux» sur le territoire de la commune,  vu le peu d’importance des marchandises vendues à la boucherie du village.

1884 – 18 mai. Dans le budget quelques lignes retiennent l’attention : l’une par son coté poétique, 50 francs pour le sonneur de  l’angélus, l’autre moins sympathique mentionne « que la commune aidera les familles nécessiteuses des hommes sujets aux appels de l’armée territoriale».

D'autres encore par leurs aspects inhabituels, la commune doit 18.60 francs à M. Goussu vétérinaire à Meulan lequel a trait à l’autopsie d’un chien atteint d’hydrophobie et 22.90 francs à M. Grumier arquebusier à Meulan pour la fourniture au garde champêtre de poudre laquelle sert à destination des corneilles nuisibles aux semailles.

La Loi de 1884, due à Waldeck Rousseau,

Dès 1864, les ouvriers avaient obtenus le droit de grêve, cette nouvelle loi leur permet de former des associations pour défendre leurs droits, d'établir des caisses de secours mutuels et des retraites, ce fut le début de la CGT. Les caisses de secours mutuels avaient une existence légale depuis 1853. La durée du travail est réglementée à douze heures,on est encore loin des 35 heures par semaine! Nous allons trouver à partir de cette date beaucoup de lois, arrêtés et décisions concernant tout ce qui touche au domaine social.

Mais avant d'y arriver, la commune va vivre un petit épisode dramatique avec la démission de son maire, accusé d'avoir pris des décisions financières engageant la commune sans en référer à l'autorité supérieure.

1886 – 22 juillet. Démission du maire, M. Rennes 

Monsieur le préfet fait savoir qu’à la suite de la démission de M. Rennes il y lieu de choisir un nouveau maire. M. De Saint Léger ayant obtenu 10 voix sur 12 est proclamé maire de Vernouillet

M. Rennes donne le motif de sa démission: le Conseil de Préfecture  l'a déclaré « comptable des deniers communaux à propos de l’acquisition de l’immeuble Churlet , dont la démolition a servi à la construction de l'école des filles». Il s'est portée adjudicataire rapidement de l'immeuble, grâce à un prêt privé de M. Pottier, sans en avoir été autorisé par le préfet. Comme il a agit dans le seul but de faire réaliser une bonne opération à la commune il n'admet pas cette sanction et le conseil tient à lui exprimer ses regrets.

1888 – 20 mai. Election de M. Augustin Hottot .

M. De Saint Léger donne lecture des résultats constatés aux procès-verbaux des élections et déclare MM. De Saint Léger Justin Maurice, Savary Henri Jean Baptiste, Vallerand Etienne Isidore, Brière Henri Jean Baptiste, Hottot Augustin, Pottier Eugène Clair, Decaris Louis Jean Baptiste, Renou Gustave Jean Baptiste, Derain Henri, Pottier Charles père, Fouché Charles Louis, Bouffard Eugène Jean Baptiste, installés conseillers municipaux.

M. Hottot ayant obtenu la majorité de 7 voix au premier tour est élu maire et après trois tours de scrutin M. Savary est élu adjoint.

 M. De Saint Léger et M. Savary sont élus délégués au bureau de bienfaisance.

 Commissions municipales

 M. le maire estime « que des commissions municipales dans des secteurs divers améliorent le fonctionnement du Conseil Municipal. » C’est pourquoi en plus de la commission chargée de la fréquentation scolaire et du bureau de bienfaisance déjà en activité, il est créées des commissions pour la surveillance des chemins vicinaux, le cimetière et l‘attribution des concessions, les fêtes publiques, les travaux dans les bâtiments communaux et la recherche des logements insalubres.

1888 – 11 novembre. Les pierres de l’ancien clocher

M.Hottot, maire appelle l’attention du Conseil sur les travaux qu’il a effectués à ses frais sur le chemin de la gare et qui sont terminés. En remerciement pour ces travaux la commune lui offre «trois ou quatre pierres provenant du faîte de l’ancien clocher, qui n’ont pas été réutilisées et que M. le maire désirait acquérir». (voir chapitre restauration de l'église)

Ces pierres viennent d'être retrouvées par C. Authelet dans le parc du Château.