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La libération de Vernouillet

(2ème partie)

AOÜT 1944. DERNIERS COMBATS

À partir de juin 1944, après le débarquement, les Alliés, venant de Normandie, s'approchent. Les combats vont bientôt se dérouler sur place.

Les Allemands sont nerveux. Le12 juin, ils réquisitionnent 37 hommes à Triel. Rendez-vous au Château Vieux de Vernouillet. [1]

Le 20 juin, 8 hommes sont réquisitionnés pour travailler au bac de Triel, qui permet le passage de la Seine à la place du pont détruit par l'armée française en 1940. Le 20 juin également, 20 hommes sont réquisitionnés pour travailler à Vernouillet.

Il est fait état de la présence à Vernouillet d'un camp de prisonniers sénégalais à Brezolles. Dans une délibération du Conseil Municipal de Triel, du 11 juillet 1944, les coloniaux soignés par le docteur LEMESLE a constaté que ceux-ci manquent de nourriture. La ville de Triel alloue au syndicat agricole une certaine somme pour l'obtention de légumes. Le syndicat est d'accord Qui étaient ces prisonniers ? Depuis quand étaient ils à Vernouillet, et que sont-ils devenus ?

D'après un autre témoignage, les prisonniers sénégalais n'étaient pas à Brezolles mais à Verneuil, dans une propriété proche de l'actuelle salle Maurice Béjard. Un autre témoignage les situe à Bazincourt.

D'après un témoignage, le Dr. Lemesle passait la Seine à la nage en 1944 pour donner des informations aux Alliés.

Un autre témoin rapporte qu'une forteresse volante américaine , en difficulté a atterri dans un champ au-dessous de Brezolles. Les Allemands arrivaient rapidement sur les lieux. Heureusement l'équipage a été secouru par les paysans sur place. Une batteuse de l'entreprise Quenet de Chapet était en marche dans une ferme. Plusieurs aviateurs prirent un poste à la machine ce qui les a sauvés.[2]

            D'après un autre témoin de Triel, suite à un combat aérien, 2 avions Lightning anglais ou canadiens sont tombés à Vernouillet : l'un rue Girardin et l'autre dans le parc des Buissons.

            Sur le terrain, l'avance des Américains progresse. Le 19 août, ils sont à Mantes et poussent un raid jusqu'à Flins. Le 20 août, ils sont à Orgeval et à Morainvilliers. Ce même 20 août, une moto allemande passant devant les Buissons est mitraillée par un tireur embusqué. Un des Allemands est tué sur le coup, l'autre se sauve. Le corps du soldat tué est enterré en hâte dans le parc, la route est nettoyée. Il n'y a pas eu de représailles. D'après le témoignage de Robert Cauchois, George Bourdillon le maire et lui-même auraient pris des dispositions "armées" pour éviter les représailles. [3]

            Cet événement est relaté de manière un peu différente par André Le Bastard qui a tiré sur les Allemands et qui a donné un témoignage dans le bulletin municipal de Vernouillet de 1995. D'après lui, il faisait partie d'un groupe chargé d'empêcher les Allemands de détruire le pont de Triel. Le groupe embusqué près des Buissons aurait tiré sur la moto. L'un des deux Allemands aurait riposté mais les deux auraient été tués et enterrés dans le parc des Buissons. [4]

Nous avons le témoignage d'une habitante sur la présence des Allemands à Marsinval en 1944 qui avait 8 ans à l'époque :

"J'ai mémoire d'un détachement allemand-soi disant SS qui a stationné plusieurs jours dans une ancienne sablière derrière le Domaine actuel. Ces gens faisaient régner la terreur dans le petit village de Marsinval. Chacun restait à sa ferme délaissant les champs pour tenir compagnie à sa famille, essayant de communiquer le plus discrètement possible avec le voisin. Plusieurs fois par jour, choisissant une ferme, les Allemands venaient dans les maisons, s'introduisaient dans toutes les pièces, fouillaient, pillaient, se servaient dans les buffets, les armoires, s'enivraient, plongeaient à la poignée dans les bocaux de conserves. Ils tenaient ma mère par le cou, l'obligeant à manger un morceau de lard cru. Devant mon père, ils ouvraient leurs grenades. Une fois ils ont tiré un coup de fusil entre ses jambes. Une autre fois, sortant dans la rue,, c'était une rafale de mitraillette. Tout le monde s'attendait au pire. Ce là dur.., Je ne sais) plus très bien, mais plusieurs jours. Et un matin, le fermier voisin et ami, M.Vicky, arrive à travers bois, en courrant. Surprise ! Les Allemands sur ses terres avaient disparu pendant la nuit. Quel soulagement ![5]

Pour ralentir l'arrivée imminente des Américains, les Allemands ont miné la route de Breteuil. Ignorant ou ayant oublié la présence de ces mines une voiture allemande s'engage sur la route et saute. Les Allemands, attribuant cet incident à la Résistance, pénètrent dans le village de Breteuil, saisissent quatre otages qu'ils trouvent dans la rue et les regroupent dans une cave du Haut Breteuil. Ils lancent ensuite des grenades par les soupiraux. Rodolphe GEHRA et Michel JENNET furent tués. Jacques Jennet et Alfred Bousinhac, grièvement blessés ont échappé à la mort.

Et puis, les 21 et 22 août, les Allemands du "Kampfgruppe Pulkowski " lance une contre-attaque sur la vallée de la Seine. Ils reprennent Orgeval, Morainvilliers et atteignent Flins le 23. Du côté de Poissy, la Maladrerie qui avait été prise par les FFL est reprise par les Allemands.

La stratégie des Allemands est d'empêcher le passage de la Seine aux Alliés pour permettre aux troupes de la garnison de Paris d'évacuer vers le nord . Ayant rétabli les bacs de Triel et de Poissy, ils décident de se replier sur la rive droite.

À Vernouillet, les chevaux disponibles sont réquisitionnés pour faire tracter les pièces d'artillerie par le bac de Triel jusque sur la hauteur de l'Hautil. M. Baron agriculteur de Vernouillet  est réquisitionné pour faire du covoiturage avec sa charrette. Il l'abandonne avec son son cheval à Triel et retourne à Vernouillet en passant la Seine à Meulan sur le pont provisoire mis en place par les Américains. Les Allemands quittent les hauteurs de Marsinval en se dirigeant vers Breteuil pour rejoindre le bac de Poissy. D'autres franchissent la Seine et rejoignent Triel. Nous avons un témoignage de l'arrivée des Américains à Marsinval :

"Un jour d'août 44 (certainement le 27) personne n'attendait les Américains qui bataillaient du côté de Feucherolles, Les Alluets.

Soudain une voisine venant au lait chez mes parents arrive tout essoufflée : les Américains ! Les Américains !, ils arrivent. Elle venait de rencontrer une estafette de GI'S qui pour preuve, lui avaient donné des cigarettes. Tout le monde est sorti pour voir. Les pauvres Américains étaient désemparés, stationnés au carrefour rue du Louvre, rue de la Tuilerie, rue de Vernouillet, au lieu dit La Croix. La rue Agrippa d'Aubigné actuelle (chemin de Meulan) ne figurait pas sur leur carte d'État Major. Et ils avaient comme consigne un point de repère la propriété Chauffour (Le Buisson) où ils devaient prendre contact. À Marsinval, cette propriété était connue comme étant survolée la nuit par des avions et il y a eu certainement des parachutages, les pâtures de la ferme y étant propices.

Renseignés et rassurés, les Américains vont à leur point de ralliement. Deux heurs après, Marsinval et les champs avoisinants étaient inondés de troupes : chars, half-tracks, toute une armée.

Le lendemain, les batteries avaient pris position au point culminant de la ferme (allée des Bois)

À Vernouillet, il n'y avait aucun Américain. Tous les habitants montaient pour voir les Gis au risque de leur vie...

Pour cause, les Allemands étaient toujours à Triel, décidés à se défendre pour empêcher les Américains de traverser la Seine, ce qu'ils firent d'ailleurs les obligeant à passer par Les Mureaux …"

Un autre témoin, enfant de 6 ans à l'époque, se souvient que les tankistes américains lui avaient donné du chewing gum. Ils étaient stationnés sur le pré entre Marsinval et le village, près de la proprieté Chauffour.

S'il n'y a plus d'Allemand à Vernouillet, ce n'est pas encore la paix. Pendant quatre jours, du 26 au 30 août, un duel d'artillerie s'installe entre les Américains de Marsinval et les Allemands qui ont concentré leurs batteries sur l'Hautil. Un témoin, enfant à l'époque se rappelle. :

" Les Américains avaient installé leurs batteries à Marsinval près du château d'eau. Ils utilisaient des canons de 90mm, normalement utilisés pour les tirs antiaériens, mais reconvertis aux tirs terrestres. Trois GI logeaient chez mes parents : Samuel, David et un Anglais dont j'ai, oublié le nom. Samuel est mort sur le Rhin, l'Anglais aussi. David, grièvement blessé a été rapatrié sanitaire vers les Etats Unis..."

 À Triel, un soldat allemand ayant été blessé, les Allemands veulent prendre des otages. Le maire négocie. L'officier allemand renonce à prendre des otages, mais demande que, le lendemain, la population évacue le village vers le Nord. Après une nouvelle négociation menée avec l'État Major allemand par le Dr. Bouvet, celui-ci accepte que la population soit regroupée dans les carrières souterraines de l'Hautil. Le 27 août, après s'être fait ouvrir le bureau de poste de Triel, le Dr. Rodier réussit à joindre l'État Major des troupes alliées par l'intermédiaire de la gendarmerie de Poissy  et obtient l'assurance qu'il ne serait effectué aucun tir de 5 à 9 heures, ce qui a permis aux Triellois de rejoindre les carrières. Un rapport de l'armée américaine fait mention de cette communication. C'est leColonel Page, commandant de la 5e DB américaine qui donne l'ordre au 95e bataillon d'artillerie de cesser le feu. Les américains de Marsinval appartenaient très certainement à cette unité.

Pendant que les tirs d'artillerie s'intensifient, fixant un front sur la Seine, plusieurs obus tombent rue Aristide Briand, un sur la ferme Beaugrand, un autre perce le toit de la maison du N°31, un autre sur une maison située près du cimetière au-dessus de la rue de Marsinval. A cet endroit, les Américains venaient de mettre en batterie un canon de 90 qui avait été déplacé de Marsinval. Certaines personnes ont soupçonné une trahison. Un Vernolitain a été accusé d'avoir traversé la Seine à la nage pour renseigner les Allemands. La population civile se terre et se réfugie dans les abris situés dans les caves de la ferme Pottier (aujourd'hui à l'emplacement de l'ancienne ferme Hesnault), démolie  provenant d'un ancien souterrain qui conduisait à Chapet. Une jeune fille, Geneviève Le Mot était dans l'un d'eux. Elle décide de sortir pour aller chercher son tricot qu'elle avait oublié. Mais à peine sortie de l'abri, elle est fauchée par un éclat d'obus. Affreusement mutilée, elle décède quelques heures plus tard, à l'hôpital.

Un témoin rapporte qu'une saucisse de surveillance a été abattue et est tombée à l'angle de l'avenue Montaigne et de la rue Albert Labrousse.

À partir du 30 août, les Allemands, ayant pris connaissance de la prise de Paris par les Alliés, décident de se replier. La Boucle de Chanteloup est libérée par un groupe de 80 FFI commandés par le lieutenant Beurotte. Les Américains descendent dans le village et traversent la Seine. Triel est libéré le 30 août. Pour Vernouillet, le cauchemar est fini.

[1] Nous n'avons pas identifié quel était ce "château vieux" de Vernouillet. Il pourrait s'agir de l'actuel bâtiment du Presbytère, place Concha ou de l'actuel château siège de la maison de retraite ISATIS

[2] Cet atterrissage forcé d'un avion américain à Brezolles n'est pas mentionné dans les documents d'archives américains consultés par M. Renoult. Mais il est confirmé par plusieurs témoins.

[3] Archives municipales de Vernouillet

[4] Dans l'ouvrage de Renoult, il n'est fait aucune mention d'une mission à Vernouillet du groupe de Résistance Max. Le pont de Triel était détruit depuis 1940 et le passage de la Seine se faisait sur un bac.

[5] Témoignage de Claude Godfrin . La ferme de M.Vicky occupait l'emplacement de l'actuel Domaine de Marsinval.

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