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L'église Saint-Etienne

Les restaurations du XIXème siècle

Une étude très complète des travaux de restauration de l’église de Vernouillet au cors de la période qui nous intéresse figure dans le livre’”L’église Saint Etienne de Vernouillet“, d’Henry et Thomas Pefferkorn, paru en 2001. Dans ce chapitre, nous en donnons un résumé auquel nous avons  ajouté certains éléments nouveaux inédits.

            Les Romantiques du XIXe siècle ont “ redécouvert “  le Moyen-Âge et son architecture, jugée barbare à l’époque classique. De plus, on s’intéresse à la conservation des monuments historiques et en 1834 est créée l’administration de Monuments Historiques. L’église de Vernouillet, joyau de l’architecture des XIIe.et XIIIe siècles va très tôt retenir l’attention  de ses responsables, dont les plus connus sont Prosper Mérimée et Eugène Viollet-le-Duc.

            L’église a subi de graves dégradations au cours de la tourmente révolutionnaire et son état de délabrement est dénoncé par le Conseil de Fabrique dès les premières réunions après son rétablissement en  1804.

            Une première campagne de travaux est entreprise en 1818 et 1820. Il s’agit de parer au plus pressé pour éviter l’effondrement du clocher qui manque d’un soutien côté nord. Il s’agit d’un étaiement des piliers soutenant le clocher et de la reconstruction d’un pilier.  Dans la délibération du Conseil Municipal du 12 janvier 1818, il est indiqué :“…Sa Majesté le Roy a par ordonnance du 16 juillet 1817, autorisé la commune de Vernouillet à s’imposer extraordinairement en centimes additionnels aux contributions directes à la somme de six mil cent quatre-vingt  quinze francs pour être employé aux réparations à l’église, que l’ordonnance du Roy a été adressée à Monsieur le maire par monsieur le préfet  par lettre du 26 juillet 1817. La reconstruction du pilier dans l’intérieur de l’église sera faite du 30 mars au 30 avril de manière que le service du culte divin ne puisse être interrompu que pendant le mois d’avril…“

            Mais l’état général du bâtiment attire l’attention des monuments historiques. Dans un rapport de 1851 établi par le baron de Guilhermy il est  précisé que “l’état de plusieurs parties de l’église réclame d’urgentes réparations… “. Il fait état d’un pilier soutenant le clocher qui n’aurait pas les dimensions d’origine. Il parle de“…la reprise des piliers qui s ‘écrasent et dont la détestable restauration nuit gravement à l’aspect de l’église…“ Il s’agit probablement des réparations effectuées en 1818. Il est indiqué aussi que les fenêtres  du chevet sont entièrement murées.

             Viollet-le-Duc estime que l’église de Vernouillet est un des bâtiments les plus remarquables de son époque et mérite un intérêt tout particulier. Dans son « Dictionnaire raisonné de l’architecture du XIe au XVIe siècle », au chapitre “clocher“, il écrit, à propos de l’église de Vernouillet, “…On reconnaît là, enfin, l’œuvre d’artistes consommés, de constructeurs savants et habiles. Un clocher de cette époque, bâti sur la croisée d’une cathédrale, et suivant ces données heureuses, devait être un monument de la plus grande beauté ; malheureusement, nous n’en possédons pas un seul en France….“.

            Il faut financer un projet ambitieux de restauration. Dans un premier devis, Viollet-le-Duc estime la restauration à 60.000 francs, ce qui est énorme pour une modeste église de village. Mais il avait prévu non seulement la restauration du clocher et de diverses parties de l’église, mais une transformation complète destinée à mettre en évidence le clocher, en abaissant les toitures et en en supprimant le transept nord qui devrait être remplacé par un transept roman identique au transept sud.

            Dans un rapport  de la Commission des monuments historiques daté du 9 mai 1851, Prospère Mérimée commente les propositions de Viollet-le-Duc à qui il rend hommage. Il s’interroge sur l’opportunité  d’une restauration complète et si elle ne doit pas se limiter à “…la reprise des piliers qui s’écrasent  et dont la détestable restauration nuit si gravement à l’aspect de l’église… ».

Il est néanmoins favorable à une restauration plus complète :

 “...En un mot, si l’on restaure complètement on justifie aux yeux des archéologues les sacrifices qu’on aura fait pour elle ; si on la consolide seulement, on rend problématique l’utilité de la dépense assez considérable faite pour obtenir ce résultat…“[1]

Il précise dans une note au préfet que l’administration des monuments historiques ne dispose pas des fonds nécessaires et qu’il faut faire appel au ministre en demandant une participation de la commune et du département.

            Il faut trouver une solution qui convienne à tout le monde. Pendant 10 ans, rien ne se passe.    

L’église telle qu’elle serait si le projet de Viollet le Duc avait été réalisé en entier.

            Mais il faut bientôt commencer  les travaux, car il y a urgence. Dans la délibération du Conseil municipal du 14 mai 1861, il est mentionné qu’une pierre s’est détachée de la voûte et qu’il est urgent de commencer les travaux. Un devis descriptif des travaux daté du 8 mai 1861 est établi par M. Greppin, architecte des monuments historiques,  travaillant sous l’autorité de Viollet-le-Duc. Il ne reprend pas l’ensemble de la transformation prévue par Viollet-le-Duc. Simplement, côté nord, il prévoit la suppression de la chapelle de la Vierge et le déplacement de l’escalier de la façade ouest au coin nord-ouest de la croisée. Les travaux commencent en 1864 avec la reprise en sous-œuvre des piles du clocher el leur reconstruction.Des travaux de consolidation sont effectués en 1865,1866 et 1867 dans l’église, mais il reste le clocher. Le coût de la guerre de 1870 et la présence de Prussiens à Vernouillet retardent la suite des travaux qui reprennent en 1872. C’est  cette année que les fenêtres murées du chevet sont ré-ouvertes et garnies de vitraux. Un nouvel autel est construit·. La pointe de l’ancienne flèche a été placée au fond du parc du château comme une stèle. On peut la voir sur les anciennes cartes postales. Elle a été démolie lors de la construction de la cité du Parc en 1956. Il avait été prévu qu’elle serve de clocher à la chapelle du Parc qui a été construite à cette occasion. Cela n’a jamais été fait. Les pierres que l’on croyait disparues ont été retrouvées par M. Claude Authelet et mises à l’abri par le Cercle historique en 2004. Le coq qui surmontait la pointe a lui, disparu.

À gauche, la pointe du clocher montée comme une stèle au fond du parc du Château.(Détail d’une carte postale ancienne).  À droite, telle qu’elle a été retrouvée en 2002

            En 1892, d’autres travaux de restauration sont effectués dans la nef et à l’abside.

            Le programme se poursuit en 1905 avec la démolition de la chapelle de la Vierge. Celle-ci menaçait ruine. Faute d’un étayage suffisant et suite aux infiltrations d’eau de la gouttière entre les deux pentes du toit, la voûte du XVIe siècle risquait de s’effondrer. On cherche des donateurs pour financer sa restauration. Mais l’administration des Monuments historiques, après étude, a estimé qu’il était préférable, plutôt que de la restaurer, de la démolir et de rétablir l’ordonnance du XIIIe siècle

            Le clocher est reconstruit en 1878 et 1879 sous la direction de M.de la Roque, architecte des monuments historiques. La flèche est démontée puis remontée. Certaines pierres sont remplacées. Les ouvertures murées que l’on voit sur le tableau de Cognet [2] sont ouvertes. Les 4 pinacles d’angles sont construits conformément au dessin de Viollet-le-Duc. On s’est posé la question de savoir si ces pinacles avaient été détruits ou s’ils n’avaient jamais été construits. Ce qui est sûr, c’est que leur construction avait  été prévue. Les descriptions faites avant la restauration font mention d’amorces de colonnes à cet endroit.

Détail du tableau de L.M. Cognet montrant le clocher avant restauration (1867)


            Mais cette restauration du clocher a posé, elle aussi des problèmes de financement. Dans les comptes-rendus du conseil municipal et dans ceux de la fabrique, il est mentionné que la restauration ne peut se faire par manque d’argent. Le ministère des cultes, la paroisse, la mairie sont sollicités. Ils arguent ne pas avoir les moyens ou ne pas pouvoir engager plus qu’ils n’ont déjà engagé. Finalement c’est grâce à la générosité de M. de Saint Léger, ingénieur propriétaire de la propriété des Buissons et maire de Vernouillet que la reconstruction du clocher pourra être achevée. Une plaque de remerciement a été apposée dans l’église.

Carte de recherche de donateurs pour la restauration de la chapelle de la Vierge

Enfin la campagne s’achève avec la réfection des deux portails en 1910. Seul, le déplacement de l’escalier a été abandonné.

À gauche, verso de la carte  de l’église publiée pour la recherche de donateurs pour la restauration de la chapelle  de la Vierge.

À droite, l’église après 1910. La chapelle de la Vierge a été supprimée et le portail restauré.

            Mais les travaux à l’église ne sont pas terminés ! Près de 100 ans plus tard, en 1988 commencera une nouvelle campagne de travaux qui permettra, en 1994 de mettre à jour les peintures murales du XIIIe siècle que nous admirons aujourd’hui  En 2000 le sol a été refait ce qui a permis de faire certaines découvertes archéologiques. D’autres travaux au clocher et à l’extérieur sont planifiés.

            La restauration de l’église ne s’achève jamais !

            Les différentes campagnes de travaux du XIXe siècle et l’intérêt particulier porté à cette église par Viollet-le-Duc a permis  d’attirer l’attention du public sur cet édifice hors du commun qui ressemble plus à une cathédrale miniature qu’à une église de village.      

[1] Archives de Monuments historiques, cote 81/78/367/1

[2] Ce tableau est représenté  dans le chapitre consacré aux artistes

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