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L'eau, c'est la vie

  • De 1800 à 1950 : de la source au robinet.

La domestication et le contrôle de l'approvisionnement en eau peuvent être considéré come un moteur important de la mutation sociologique et par conséquent urbanistique du village.

L’importance de l’eau

Si nos très lointains ancêtres ont décidé de s’installer sur les coteaux de Seine et à Vernouillet c’est bien parce l’eau, élément indispensable de tout développement s’y trouve abondamment. De la simple observation de la flore et de la faune en passant par la baguette du sourcier et jusqu’aux expertises hydrologiques récentes, effectuées par l'IAURIF, tout atteste de la présence de l’eau à Vernouillet.

Depuis Brézolles et Marsinval jusqu’au lieu bien nommé «Les Sources» l’eau jaillit quelque fois même ou on ne l’attend pas. Quelques évènements récents, tels que l'apparition d'une source à Brézolles, rue du Trou à Glaise, alors que l'on pensait à une rupture de canalisation, ou bien encore l' affaissement de terrain survenu brutalement rue Girardin il y a deux ans, témoignent de la présence de ces sources.

Voici ce qu'indiquait M. Winckel,  instituteur à Vernouillet en 1899.

«Le territoire ne possède pas de cours d'eau mais seulement des sources provenant des hauteurs boisées de Marsinval et de Breteuil. La pluie tombée en moyenne par an est d'environ 0,551m. Le pays subit les brouillards en automne et en hiver. Le vent dominant est celui de sud-ouest qui souffle plus d'un tiers de l'année. Les orages nuisibles sont assez rares»

Ces simples constats, faits à 100 ans d'intervalle, explique à eux seuls la composition du tissu économique du village. En effet, sans cours d'eau, point de tisserands, de tanneurs et de corroyeurs et le moulin à vent ne remplace pas aussi efficacement le moulin à eau. L'agriculture aussi est différente, il est plus difficile d'y faire du maraîchage, Vernouillet se contentera de la vigne et des céréales. Ce manque de cours d'eau explique aussi le soin et l'attention que l'on porte aux sources, mares et lavoirs. Chaque année une ligne budgétaire importante est dédiée aux travaux de curage et d'entretien des points d'eau.

Dans pratiquement chaque propriété, un puits a été creusé, il est quelque fois partagé avec servitude et droits d'usage transmissibles avec la propriété. C'est ainsi que le bâtiment de la Place Concha (logement de l'instituteur) partage un puits avec l'une des maisons voisines. Des abreuvoirs sont placés dans le village et les hameaux, les fontaines et les pompes vont succéder aux mares et précéder l'eau au robinet.

Nous allons tenter de vous faire suivre comment cet approvisionnement en eau a évolué au fil du temps.

En 1800, la vie du village est remplie  des petits problèmes à régler, concernant les sources, les mares, les abreuvoirs, les puits, les fontaines et les lavoirs. Ce sont évidement des éléments indispensables à la vie quotidienne de tous les habitants.

Ils font l'objet d'une surveillance de tous les jours. Par exemple le deux frimaire le conseil municipal est invité à vérifier sur place et donner un avis, à savoir: «si un arbre prunier planté sur le bord de la coulange ou vidange de l’abreuvoir n’a pas été détérioré par les travaux pour le nettoiement de cet abreuvoir, ce qui a entraîné sa chute».

Vous  allez retrouver l'essentiel des décisions les concernant dans le chapitre dédié aux lavoirs.

 Les LAVOIRS et les FONTAINES PUBLICS

            Il y avait à Vernouillet de nombreuses sources. Cela permit l’alimentation de puits, de fontaines et des lavoirs. Bien qu’elles aient en majorité disparu du fait de travaux (constructions, routes, tout à l’égoût…), leur souvenir reste inscrit dans plusieurs noms de propriétés tel que « le Domaine des sources » ou encore « les Eaux Vives. »

            Cependant, plusieurs d’entre elles sont encore actives (photo n°1 et n°2)

            Les lavoirs publics étaient autrefois indispensables, installés aux endroits où l'on pouvait disposer d'eau courante pour le rinçage du linge. Etant donné que nous sommes en pays de plaines, on ne pouvait jamais avoir de fortes pentes, les lavandières ne pouvaient être debout, elles étaient agenouillées dans de petits bacs bourrés de paille. Le travail ne leur faisait pas peur, d'autant plus qu'entre deux coups de battoir vigoureusement appliqués, les langues allaient bon train, et tous les potins du pays étaient assurés d'une large diffusion.

Il existait à Vernouillet 6 lavoirs. Voir plan de situation.


LAVOIR RÛ GOBERT

On aborde au conseil municipal du 4 mai 1789 les problèmes de remise en état de la fontaine et de l'abreuvoir qui réclament des réparations. Les uns refusent de procéder à l'adjudication faute d'argent, les autres prônent la corvée libre et volontaire pour le nettoiement. La mésentente persiste et on continue à utiliser l'eau, la source étant enclavée dans le domaine seigneurial. On considère qu'elle appartient maintenant de plein droit au village.

Neuf ans plus tard on «rend» au citoyen TAUTEST[1] le terrain dit le Rû Gobert et on

reçoit de lui en échange la source de La Rochelle, dit petit Rû. Magnanime, TAUTEST s'exécute et offre 600 livres pour la construction d'une fontaine et d'un lavoir.

Mais la laverie du Rû Gobert n'en continue pas moins à être utilisée. Résultat en 1804, du trou informe rempli d'immondices sort une eau polluée qui répand ses miasmes dans le linge, lequel communique des germes de tumeurs et des démangeaisons aux habitants.

Rû Gaubert

LAVOIR DE L'ABÎME

Suite à l'état du lavoir du Rû Gobert, GIRARDIN[2] va agir. Il possède à Médan lieu dit

« les Abîmes» un pré où jaillissent deux sources d'une eau qui coule chaude ou du  moins qui ne gèle pas en hiver. Les femmes de Vernouillet l'apprécient tant que, pour venir laver, elles donnent quelques sous aux fermiers mitoyens. GIRARDIN accorde 5 ares 10 centiares de ce précieux terrain.

A la municipalité d'y construire une laverie pour 40 laveuses. Mais il pose ses conditions. D'abord on supprimera le lavoir infect du Rû Gobert. On restituera aux demoiselles TAUTEST le terrain indûment usurpé. Celles-ci dans leur générosité assureront aux villageois l'accès à la fontaine redevenue salubre.

Quant au nouveau lavoir, on ne l'atteindra avec voitures ou chevaux que par le chemin de la Corbinerie. Afin de protéger les prés, les fossés et de ne pas endommager les arbres, toutes précautions prises par le donateur pour sauvegarder sa propriété d'alentour,le lavoir devra être solide et, puisque les pierres de taille sont trop chères, on y emploiera de bons plats bords bien joints et attachés de forts clous ou chevilles sur des pieux en bois de chêne, placés tant en devant qu'en dehors du bassin

.

GIRARDIN spécialiste en dessin, joint à son projet des croquis aquarellés.

Sur le premier, son terrain est un carré parfait. S'y inscrit un grand rond de gazon vert et coupant celui-ci de part en part, les tâches bleues d'un grand et d'un petit bassin qui communiquent entre eux. Il garde la propriété de l'allée qui, perpendiculaire au chemin de la Corbinerie, mène au lavoir. Il y prévoit des piquets pour attacher les bêtes de somme et, plus loin, un petit hangar pour les ranger.

Le second croquis corrige le précédent. Le terrain garde sa superficie de 10 perches mais c'est un rectangle dont un angle est abattu.

L'allée, fermée par une barrière d'entrée, s'élargit quand elle débouche devant le lavoir. Tout autour, des rangées d'arbres doublant ceux des fossés assureront ombre et fraîcheur aux lavandières. Le donateur dessine pour elles une jolie construction portant la mention: hangar, projeté et promis par monsieur GIRARDIN pour mettre les laveuses à couvert en cas d'orage. Il en espère 42 à 50 autour du grand bassin ovale. Bon connaisseur en lessive il prévoit, pour rincer le linge fin, un petit bassin rond qui cette fois se déverse directement dans le fossé d'écoulement.

Qui refuserait une pareille installation ? Pas la commune, bien sûr, qui retarde la réparation d'un pilier de l'église pour construire le lavoir.

D'ailleurs NAPOLEON en personne l'autorise, par décret du 4 août 1806, à accepter la donation. (photo n° 5 )

Qui dira combien de vernolitains prenaient ainsi le chemin de l'abîme bénissant la mémoire de sieur GIRARDIN. En 1817, les hommes ne se font pas prier pour venir travailler au lavoir, d'autant qu'ils seront payés sur le secours accordé par le roi à la commune très éprouvée par les intempéries.

Mais le lavoir a un défaut majeur: il n'est pas couvert. En 1840, on le considère tout au plus comme une fontaine servant de lavoir.

Des travaux de charpente, maçonnerie, couverture sont alors décidés pour un devis de 1680,51 F. Il en sort transformé en 1843. Autour d'une cuve rectangulaire en pierre, un grand auvent de tuiles protège les laveuses. Celui-ci repose sur un comble de bois blanc et des poteaux de chêne. Quand, le soir, les coups de battoirs se sont tus, on entend chanter les sources cristallines. Elles coulent et le temps passe. Il faut, au début du XXème siècle remplacer les tuiles, sceller à nouveau des pieux pour attacher les chevaux. Le dernier mémoire établi par François CLEDAT date de 1903. Mais en 1906, voici l'annonce d'un déclin : les héritiers LUSSE, voulant alimenter les bassins où ils conservent le poisson ont englobé dans leur propriété le fossé appartenant à la commune et modifié l'écoulement des eaux du lavoir. Ils ont planté des arbres et construit une clôture qui empêche d'accéder au ruisseau de décharge. Ils conviennent volontiers de leurs torts et promettent de rectifier les lieux.

Mais qui se soucie encore du lavoir ? En 1953, Madame BILLARD le convoite pour l'intégrer dans sa propriété toute proche qu'elle exploite en camping.

En 1957, monsieur FRERET réussit à joindre aux parcelles qu'il possède déjà le numéro 365 cadastré à Médan, il achète donc à la commune de Vernouillet les 720 mètres carrés qui contiennent le lavoir désaffecté pour la somme de 250 000 F. Signes des temps : les bords de Seine deviennent villégiature, les maisons poussent sur les terres de labour et les ménagères ne lavent plus au lavoir.

LE LAVOIR DU « GRAND RÜ » (impasse MICHEL DECARIS) (photo n° 6)

            En 1833 mademoiselle Anne Félicité DOUBLET DE PERSAN propriétaire du château dans la commune fait don d'un emplacement situé près de l'abreuvoir public dit le Grand Rû en bas de la rue Saint-Etienne où se trouvent une source d'eau vive, pour l'établissement d'une fontaine publique à laver, en échange de ne plus puiser d'eau dans le ru Gobert enclavé dans sa propriété, droit tombé en désuétude et sans utilité pour le peu d'eau dans cette fontaine et qui résulte d'un échange contracté le 28 thermidor an 13 (16/07/1804) par le décret du 4 août 1806 entre la commune et feu monsieur René Louis GIRARDIN.

Que ladite demoiselle DE PERSAN a déclaré accepter ce témoignage de reconnaissance que le conseil lui a proposé (12 mètres de long 8 mètres de large)

Acte sous seing privé entre le maire Louis BERSON et mademoiselle de PERSAN le 18 octobre 1833.

Echange autorisé par ordonnance royale du 28 août 1834.

Notaire monsieur VESQUE, notaire à TRIEL pour la rédaction de l'acte. Travaux exécutés par monsieur BONHOMME, artisan maçon à TRIEL.

En 1896, le conseil municipal découvrit le besoin urgent d'un lavoir dans le village. Le plan établi par monsieur ROUSSEL, architecte à Meulan estime la dépense à 3 854 F, à répartir entre les communes de Vernouillet et de Chapet. Monsieur ROUSSEL, invité à modifier son devis ne put ramener la dépense au-dessous de 2437 F., dépense paraissant encore très élevée pour les communes intéressées, d'où l'abandon du devis. Le conseil invite monsieur le Maire à s'entendre avec son collègue de Chapet pour projeter une adjudication entre les entrepreneurs des travaux publics habitant les communes intéressées.

Entre temps monsieur BOURDILLON, entrepreneur à Vernouillet s'offrit à exécuter les travaux de façon convenable pour la somme de 1 900 F.

La dépense comprenait 1 are 50 à 50 F. l'are, soit 75 F ; la construction coûtait 1 701 F. dont la moitié soit 850,50F. à la charge de Vernouillet, dépense totale pour notre commune 925,50 F. et pria le Préfet d'autoriser la commune à traiter avec monsieur BOURDILLON et de dispenser cet entrepreneur des frais d'adjudication.

Le 23 décembre 1900 monsieur le Maire expose qu'il a reçu de monsieur CONTENEAU, propriétaire du clos ROLLIN, une lettre appelant son attention toute spéciale sur le  « déversement absolument arbitraire des eaux troublées du lavoir Saint-Etienne dans sa rivière au clos ROLLIN. (Le clos ROLLIN s'appelle maintenant le domaine des Sources et l'impasse Saint- Etienne dénommée aussi« Grand Rû », est maintenant l’impasse M.M. DECARIS).

Monsieur le Maire rappelle qu'un acte notarié a été passé le 12 septembre 1835 entre la commune, représentée par monsieur BERSON, agissant en qualité de maire, formellement autorisé par une délibération du conseil municipal et mademoiselle DOUBLET DE PERSAN. Entre clauses, il est précisé les conditions de l'écoulement des eaux du lavoir que la commune allait faire établir.

Cet écoulement pourrait se faire par le fossé existant dans la partie du jardin conservée par mademoiselle DE PERSAN, mais il est bien précisé que le curage de ce lavoir serait fait par les soins et aux frais de la commune, au moyen de l'enlèvement des bourbes et leur transport par la rue Saint-Etienne, et que la commune ne doit pas opérer ce curage en troublant les bourbes et effondrilles dans le but de les faire écouler avec les eaux à travers la propriété restant à mademoiselle DE PERSAN.

Les propriétaires successifs du clos ROLLIN avaient négligé cette clause, mais monsieur CONTENEAU entendait bien la faire respecter.

Finalement il est convenu que monsieur CONTENEAU cède à la commune à titre gracieux un terrain destiné à un bassin de décantation et d'épuration des eaux du lavoir du grand Rû, le trop-plein étant déversé vers la propriété de monsieur CONTENEAU.

Le 25 avril 1915 litige entre monsieur FASTOUT, propriétaire du domaine « des Sources » et la commune.

Le conseil après avoir entendu monsieur FASTOUT qui se plaint que les eaux qu’il reçoit du lavoir communal souillent sa propriété, charge le maire de s’entendre avec monsieur FASTOUT sur les mesures à prendre pour lui donner satisfaction sans interrompre l’accès du lavoir.

Le 20 juin, une convention est passée entre monsieur Auguste FASTOUT et monsieur Marie DECARIS maire de VERNOUILLET :

1 « La convention passée le 21 avril 1901 entre monsieur CONTENNEAU ancien propriétaire des Sources et la commune est annulée.

2 La commune rendra à monsieur FASTOUT le terrain qui lui avait été donné par monsieur CONTENNEAU

3 Les bassins d’épuration situés sur ce terrain seront comblés.

4 Il sera établi à la sortie du lavoir un petit bassin d’une contenance de 1m3 avec grille à l’entrée et à la sortie pour retenir les objets qui pourraient avoir été abandonnés par les laveuses. A la sortie de ce bassin les eaux seront canalisées par un tuyau de grès vernissé de 20 cm.

5 Les travaux seront exécutés aux frais de la commune, monsieur FASTOUT aura ensuite la charge d’entretien de la canalisation et la commune celui du bassin à construire.

6 Il est fait observer qu’antérieurement à la convention du 21 avril 1901 les eaux du lavoir traversaient la propriété « Les eaux Vives » pour se rendre ensuite dans celle des « Sources ».

7 La présente convention ne fera pas obstacle aux revendications auxquelles monsieur FASTOUT pourrait prétendre relativement au passage primitif des eaux du lavoir sur la propriété dite des « Eaux Vives ».

8 Dans le cas où la commune ferait une canalisation pour se débarrasser des eaux usées elle y ferait passer celles des lavoirs. Monsieur FASTOUT dans ce cas donnerait l’autorisation gracieuse de faire dans sa propriété les canalisations nécessaires.

Cette convention montre à quel point le problème des eaux usées devient crucial pour le village à une époque ou les grandes villes ont déjà réalisé leur « tout à l’égout ». Le paragraphe 8 est intéressant à ce sujet car il montre qu’un projet d’assainissement est envisagé »

Les travaux sont confiés à Messieurs LEGRAND et CLEDAT

Ce lavoir était réservé aux gens de maisons qui y lavaient le linge de leurs employeurs. Il fut démoli en 1964 pour faire un parking.

LE LAVOIR DU PETIT RÛ (impasse de La Rochelle) (photo n° 7).

La source du «petit Rû» avant la révolution appartenait au châtelain TAUSTET­DUPLAIN, faisant partie de son domaine.

En 1793, TAUTEST échange la source de La Rochelle, et récupère le Rû Gobert pour le réintégrer au château, et offre 600 livres pour la construction d'un lavoir qui était réservé aux gens du village.

En octobre 1860 il est décidé de l'agrandir et de le couvrir.

Le 7 juillet 1932 le conseil décide de traiter de gré à gré avec monsieur Louis CLEDAT, entrepreneur à Vernouillet, la réfection du lavoir pour le prix de 11 600F net.

LE LAVOIR DE MARSINVAL (photo n° 8).

En 1880 le conseil municipal décide la construction d'un lavoir au hameau de Marsinval suite aux différents avec le propriétaire de la ferme de Marsinval, monsieur GONSE.

Le 16 août 1880 monsieur le Maire soumet au conseil différents projets de devis pour la clôture et la couverture du lavoir. Le conseil après en avoir délibéré, demande à monsieur le Préfet de vouloir bien autoriser monsieur le Maire à faire exécuter les travaux en régie, le montant ne devant pas s'élever à plus de 470 F. Le conseil municipal autorise en outre monsieur le Maire à se servir pour la construction des murs de clôture dudit lavoir des grosses pierres meulières extraites de la parcelle appartenant au sieur ­VALLERAND Isidore, pierres qui sont déposées à Marsinval. En janvier 1981 dans le projet de sauvegarde du petit patrimoine monsieur le Maire Marcel MOULIN a présenté un dossier de demande de subventions départementales pour la remise en état de ce lavoir ce qui a permis de le restaurer.

LE LAVOIR DE BREZOLLES (phot 9)

Au cours de nos recherches sur les lavoirs de VERNOUILLET nous avons découvert dans les archives de la ville des délibérations du conseil municipal concernant un lavoir à Brezolles.

Après renseignements pris auprès des anciennes personnes aucune d’entre elles n’avait souvenir de ce lavoir.

Un habitant de Brezolles nous a signalé sa présence en plein bois. Il était dissimulé sous du lierre, des ronces, broussailles de toutes sortes, l’accès y a été très difficile.

En 1897 une délibération du conseil municipal vote au budget la somme de 2 600 francs pour l’achat d’une parcelle de terre de 325 m2 à mademoiselle Geneviève DAVOUS sur le territoire de MORAINVILLIERS lieu-dit « les joncs », parcelle destinée à la construction d’un lavoir commun aux communes de VERNOUILLET et CHAPET.

Le 26 mars 1898 en séance extraordinaire monsieur CHURLET fait un rapport verbal sur le nouveau lavoir créé à Brezolles à frais communs entre les communes de VERNOUILLET et CHAPET ; il ressort des renseignements fournis par monsieur CHURLET que le lavoir est entièrement achevé depuis plusieurs mois et qu’il remplit les conditions prévues et ce à la satisfaction générale.

Le conseil ouï en ses conclusions favorables à l’entrepreneur, la commission des chemins, rues et lavoirs considérant que monsieur BOURDILLON a exécuté avec fidelité, suivant le devis et cahier des charges les travaux concernant le lavoir de Brezolles s’élevant à la somme totale de 1 900 francs. Forfait, émet à l’unanimité des voix l’avis qu’il y a lieu de mandater avant le 31 mars courant au sieur BOURDILLON la somme de 950 francs représentant la demi part afférent à la commune de VERNOUILLET, l’autre demi part concernant, suivant convention à la commune de CHAPET.

Séance du 10 juillet 1898

            Un des membres du conseil municipal rappelle que les travaux aux canalisations du lavoir de Brezolles se montent pour la part de la commune de VERNOUILLET à environ 200 francs, ces travaux déjà mentionnés lors du vote du budget additionnel de 1898 seront soldés par les crédits de l’article 15 dudit budget.

Mais il faudrait compléter ces travaux et la dépense qui incombera à la commune de ce chef s’élevera à environ 80 francs.

Vu l’urgence des travaux le conseil municipal décide de les exécuter.

Séance extraordinaire du 31 août 1902       Monsieur le président donne connaissance d’un mémoire de 125 francs relatif au lavoir de Brezolles qui est commun aux deux communes de VERNOUILLET et CHAPET. Cette somme représente la moitié des frais des travaux exécutés par l’entreprise monsieur PAPIN d’ECQUEVILLY.

Après en avoir délibéré, le conseil municipal  atteste que les travaux ont été exécutés dans de bonnes conditions que d’ailleurs le créditeur – article 43 – du budget primitif doit être employé pour d’autres travaux aux lavoirs communaux et qui sont déjà prévus.

Demande à monsieur le Préfet l’autorisation de payer le mémoire ci-dessus sur les fonds disponibles de l’exercice en cours.

            Le lavoir, abandonné, avait été totalement recouvert par la végétation. Il a été redécouvert en 2006, grâce aux recherches de Claude Godfrin. Le Cercle Historique de Vernouillet, en accord avec la municipalité, a entrepris son dégagement et sa mise en valeur.

 PUITS ET POMPES

Dans la commune il y avait plusieurs puits et pompes de divers types.

Ces puits étaient souvent mitoyens ou pour un quartier.

Le puits de la rue Aristide Briand (photo n° 10)

Les pompes de conceptions différentes étaient installées sur des puits.

La pompe de la place Concha dit « à balancier » a un corps en bois (photo n° 11)

La pompe de la rue Aristide Briand était à godets montés sur une roue à chaîne

La pompe du lavoir de l’impasse de La Rochelle est à godets montés sur une chaîne et installée sur une fontaine (photo n° 12)

  • Dans certaines propriétés privées les puits sont équipés de pompes diverses 

L’EAU COURANTE

Tout va changer avec l'apparition de «l'eau courante». C'est à partir des années 1900 que la commune va entreprendre études et travaux pour que l'eau potable soit distribuée dans chaque foyer du village.

Première évocation d'un réseau d'eau potable

C'est ainsi que le 13 novembre 1904, le Conseil municipal doit délibérer sur une proposition qui laisse entendre une prochaine arrivée de l'eau au robinet de chaque maison. M. Annebicque, entrepreneur,  qui a été consulté pour installer le gaz dans la commune fait miroiter aux élus la possibilité d’y ajouter la distribution d’eau potable pour emporter le marché du gaz. «Nous pourrions ensuite mettre sérieusement à l’étude la question des eaux qui est susceptible de vous intéresser autant que nous.» C’est la première mention faite au sujet d’un réseau de distribution d’eau potable à Vernouillet.

La commune prend la décision d'étudier la faisabilité d'un service de distribution d’eau potable

Le 20 novembre 1904, le maire, son adjoint et six autres membres du conseil considèrent «qu’il est désirable, tant au point de vue de la commodité que de l’hygiène des habitants, que la commune soit pourvue d’un service d’eau saine pouvant servir à l’alimentation. Ils proposent qu’un crédit de 150 francs soit utilisé pour frais d’études préalables.» Une commission des eaux de quatre membres est nommée à cet effet.

Le projet est présenté au Conseil par l'agent voyer

Le 15 novembre 1908, M. le maire présente au Conseil M. Renout, agent voyer à Meulan, qu’il invite à exposer un projet de fourniture d’eau pour la commune susceptible d’être adopté. M. Minel demande qu’une commission soit nommée pour s’informer au préalable et savoir si l’usine de (revoir le nom à la loupe)…. pourra fournir 25 à 50 m3 par jour.» M. le maire se rallie à cette proposition. M. Vallerant, Brière, Bourdillon formeront avec le maire et l’adjoint la dite commission.

 Le SIVOM avant l'heure : Le préfet recommande un projet commun avec Verneuil

Le 7 février 1909, le préfet a demandé à M. le  maire de Verneuil de s’entendre avec la commune de Vernouillet pour «définir un projet commun d’adduction d’eau potable.»  La vielle querelle de prééminence entre les deux communes ressurgit à cette occasion, le Conseil n’entend pas se faire dicter la loi par celui de Verneuil et ignore superbement l’avis du maire voisin et celui du préfet. A moins qu’en contactant au plus vite une société il espère ainsi devenir leader de l’opération?

En tous cas voilà ce que décide notre Conseil. «Le Conseil autorise M. le maire à entrer en pourparlers avec une Compagnie d’entreprise de distribution d’eau potable qui sera invitée à faire des propositions.»

Les Vernolitains avaient raison, Verneuil avait déjà un projet tout ficelé à proposer !

Le 21 février 1909, le maire donne lecture d’une nouvelle lettre du maire de Verneuil relative au «projet d’adduction d’eau potable amorcé par la commune de Verneuil et au sujet de laquelle celle-ci demande la participation de Vernouillet.» Ne vous inquiétez pas on s'occupe de tout , vous n'avez plus qu'a payer, cette proposition a dû paraître comme une insolence car tout de suite, le maire fait savoir ou en sont les pourparlers engagés par Vernouillet avec une Compagnie de distribution d’eau.

Les partisans de la modernité ne sont pas majoritaires

M. Degrond demande que le Conseil soit appelé à répondre à la question suivante:

Y a-t-il lieu de s’occuper de l’adduction d’eau? Oui ou non? Avec 5 oui contre 5 non, c’est le maire avec sa voix prépondérante qui décide de poursuivre les études. De vrais normands, les «Vernouillots», mais le plus incroyable c'est que l'on puisse  se poser encore la question de savoir si l'on veut ou non de l'eau dans chaque foyer, cette frilosité devant le progrès est quand même étonnante, si toutefois elle n'est pas teintée d'arrières pensées politiques. Il faut bien sur se replacer dans le contexte. Ou vont se retrouver nos lavandières pour colporter les nouvelles du village si les lavoirs ne servent plus ? Et combien faudra-t-il payer pour avoir cette commodité, alors que l'eau du puits est gratuite? Ces questions et bien d'autres ont du faire les gorges chaudes de tous les habitants les plus humbles, car bien sur les plus aisés ne se posaient pas la question dans les mêmes termes.

Le projet d'adduction d'eau des frères Charroit .

C'est donc avec cette entreprise que la commune discute depuis le début 1909. Ces négociations  avancent bien puisque le 6  mars 1910, le maire leur demande de modifier le contrat en cours de discussions. Il convient de rajouter :

«que les abonnements puissent être souscrits au robinet de jauge ou au compteur, au choix de l’abonné, que les compteurs soient relevés tous les 6 mois seulement sans surtaxe et d’ajouter un article additionnel ainsi conçu: Dans le cas ou des conditions plus avantageuses que celles énoncées au présent traité seraient faites à l’une des communes desservies par le même service de MM. Charroit frères, ces conditions seraient de droit et sur le champ applicable à la commune de Vernouillet.»

Enfin le maire a demandé le prix de fourniture des compteurs et des bouches d’incendie et d’arrosage.

Petit condensé des techniques de l’époque avec la réponse des frères Charroit.

Mais ou l'on apprend surtout que Vernouillet serait alimenté par la source de Villennes.

«MM. Charroit ne sont pas opposés au robinet de jauge mais ils les déconseillent fortement pour les petits abonnements pour les raisons suivantes:

- l’orifice d'écoulement est tellement petit (0,5mm) que ses obstructions fréquentes privent d’eau les abonnés jusqu’à ce que l’arrivée du fontainier de la commune vienne remédier au mal.

- Le robinet de jauge ne peut être employé sans le concours d’un réservoir dans lequel l’eau s’échauffe en été et gèle en hiver.» Voilà deux bonnes raisons suffisamment dissuasives pour abandonner le robinet de jauge et adopter le compteur! C'est d'ailleurs ce que préconise l'installateur.

« Pour ces raisons nos abonnés de nos réseaux d’eau de Seine où de source ont depuis longtemps demandé la suppression de ce système et son remplacement par le compteur.  Nous demanderions aussi que le commune de Villennes, qui possède des droits spéciaux sur la source que nous nous proposons de distribuer, fut distraite de la liste des communes desservies par nos soins.

Le Conseil accepte et demande que MM. Charroit soient convoqués à une prochaine séance pour la signature du traité définitif.»

Le 3 avril 1910, certains articles du traité sont modifiés en séance en présence des frères Charroit et le traité est signé ce jour 3 avril 1910 par tous les membres du Conseil et les concessionnaires. Vernouillet va avoir rapidement l’eau potable au robinet, … enfin peut-être.

Car très curieusement, il n'est plus question de travaux par la suite, mais plutôt de projets, de recherches et de captage de sources. Vraisemblablement, pour une raison inconnue le contrat n'a pas été honoré, mais nous n'avons retrouvé aucun document qui dénonce ce contrat et aucun qui annonce l'arrivée de l'eau dans les foyers ou bâtiments publics. Et si Vernouillet n'a pas l'eau courante, Verneuil ne l'aura pas non plus tout de suite pour une toute autre raison.

Adduction d’eau de Verneuil, quand la commune peut embêter sa voisine… elle ne s’en prive pas et exige des compensations !

Le 17 novembre 1912, en compensation du passage, sur son territoire, de la canalisation pour l’adduction de Verneuil depuis Ecquevilly, la commune de Vernouillet demande «une somme annuelle symbolique de 5 francs et l’établissement sur son territoire d’une vasque d’environ 200 litres alimentée par un tuyau donnant 10 litres d’eau à l’heure le tout entretenu par Verneuil.» (le passage sur Vernouillet est inférieur à deux kilomètres)

En décembre le préfet se fâche parce qu’il a le sentiment que Vernouillet fait obstacle à la réalisation des travaux d’adduction d’eau de Verneuil. Il écrit:

«Je persiste à penser que vous ne pouvez plus longtemps refuser la permission qui vous est demandée par Verneuil et j’estime que la redevance annuelle à imposer ne saurait être supérieure à 10 francs. Je ne doute pas, que le Conseil municipal de Verneuil, qui est certainement très désireux de reprendre ses relations de cordiale entente avec la commune de Vernouillet et de s’associer avec vous pour examiner ensemble les moyens de faire aboutir des projets d’intérêts communs consente à donner une suite favorable à la proposition du conseil municipal de Vernouillet relative au rattachement du chemin vicinal n°3 avec la rue de la gare (chemin GC n°2.). J’espère ainsi qu’au moyen de concessions réciproques les deux assemblées établiront les bases d’un accord durable et fixe pour la prospérité des deux communes. Je serai fort heureux de cette solution qui me permettrait de ne pas recourir vis-à-vis d’une commune aux moyens que me donne l’article 95 de la loi municipale.» Le préfet essaie la technique du «donnant-donnant » et

après cette mise en demeure sans équivoque, on pourrait croire que Vernouillet va oublier son contentieux avec les voisins. Il est probable que le non respect de la contrepartie ait encore augmenté la rancoeur des élus vernolitains  puisque le 4 mai 1913 le maire «interdit à l’entreprise Legrand qui exécute les travaux pour Verneuil de pénétrer sur le territoire de la commune tant que Verneuil n’aura pas accepté les conditions exigées par Vernouillet.» De ce fait les travaux sont bloqués à la limite de Chapet et Vernouillet.

Alors qui est la forte tête Vernouillet ou Verneuil? Il semble bien que ce soit les deux puisque le préfet va trancher par un arrêté qui inclue les exigences de Vernouillet et au-delà, il va exiger qu'en compensation du droit de passage Verneuil accepte le classement de voirie que cette commune refusait jusque là.

«Verneuil accepte le classement dans la voirie des chemins vicinaux n° 3 de Vernouillet et n° 1 de Verneuil, en outre Verneuil offre la fourniture de cailloux sur le chemin n° 3 de Vernouillet à la condition que Vernouillet prenne le même engagement pour le chemin n° 3 de Vernouillet à Chapet.» Tout est donc réglé et bien non! Vernouillet refuse ces propositions arguant du fait que dans ce cas Verneuil n’aurait à s’occuper que 120 mètres de chemin alors qu’il en resterait 400 mètres à la charge de Vernouillet. On se demande ou est passée l’entente cordiale prônée par le préfet mais ce dernier a dû être plus persuasif, car il ne sera plus fait mention de ce différent entre les deux communes.

La recherche d'eau à Marsinval est une véritable histoire belge.

Vernouillet fait appel à un hydrologue belge, ce qui ne sera  pas du goût du préfet qui prône la préférence nationale.

Le 10 mai 1914, le conseil vote une somme de 300 francs «pour rechercher des eaux destinées à l’alimentation de la commune et autorise M. le maire à convoquer pour cette étude M. Pourbaix, ingénieur en hydrologie souterraine à Mons, Belgique.»

Suite à cette décision de Vernouillet, le préfet fait remarquer «que si la commune à l’intention de solliciter une subvention sur les fonds du Pari Mutuel pour son projet d’adduction d’eau, le géologue chargé de l’étude du terrain abritant le point d’eau devra être désigné parmi les géologues de la carte géologique de France.»

Le préfet sera à moitié entendu, le Conseil considérant que les communes sont libres de confier à l’architecte ou l’ingénieur de leur choix l’établissement d’un projet de recherche d’eau potable.

Mais il admet que son projet  sera présenté à la commission spéciale chargée de répartir les fonds du Pari Mutuel. «La commune, considérant que M. Pourtaix paraît avoir les capacités nécessaires pour découvrir les sources demande à M. le préfet d’approuver sa délibération du 10 mai et sollicite l’appui financier du Pari Mutuel, de l’Etat et du Département pour réaliser son projet si des sources suffisantes et potables sont découvertes.» Au passage il est intéressant de noter que les sommes recueillies par le Pari mutuel servent au financement de l'amélioration des conditions de vie.

Le 12 juillet M. Pourbaix ayant découvert plusieurs points d’eau d’importance sur le territoire de Vernouillet et désirant poursuivre son projet d’alimentation de la commune en eau potable, le Conseil autorise le maire à obtenir des promesses de vente des propriétaires des terrains concernés et à faire établir des devis pour sondages, forages, galeries et autres travaux indispensables à la réalisation du projet.

L’examen du budget  nous indique que le «creusage d’un puits» a coûté 600 francs, les prévisions annuelles de dépenses pour recherches d’eau s’élèvent à 3000 francs.

Le 7 février 1915, MM. Lenoir et Bourdillon, conseillers municipaux, informe le conseil «qu’ils se sont mis en relation avec deux propriétaires de terrain ou l’on suppose pouvoir trouver de l’eau pour alimenter la commune. Parmi ces terrains le plus avantageux parait être la parcelle n° 1590 section D terroir de Vernouillet d’une contenance de 3ares70 appartenant à M. Helenne de Villennes qui autorise la commune à faire les fouilles nécessaires, la commune ne lui achetant le terrain que si de l’eau y est trouvée en quantité, sinon elle remettra le terrain dans son état original.»

Le 1er août 1915, le maire expose «que le puits de Marsinval a été foré à une profondeur de 12.70m. On a trouvé de l’eau, mais aussi du sable bouillant ne permettant pas de creuser plus profondément ni de forer des galeries sans danger pour les ouvriers.»

Cependant l’eau trouvée à cette profondeur permet de supposer que l’on trouverait de l’eau dans les terrains situés en dessous du puits et dans un endroit dénommé «Le Quartier». Divers sondages indiquent que des sources existent à une profondeur de 1m à 2,5m.»

Le Conseil décide de convoquer les propriétaires des terrains aquifères pour leur demander l'autorisation d'y  faire des recherches.

Le 14 septembre, les travaux de fouilles sur le terrain de M. Helenne n’ont rien donnés.

Mais M. Bonhomme, agent voyer cantonnal fait savoir «que le forage de deux autres puits à 5m de profondeur à Marsinval paraît donner des résultats encourageants.» La dépense pour terminer les travaux est évaluée à 3747 francs. Ces travaux sont confiés à M. Legrand entrepreneur et maire de Chanteloup «qui présente les garanties nécessaires pour mener le travail à bonne fin.»

Le 26 mars 1916, M. Bonhomme, indique au Maire que la facture est maintenant de 4.451 frs. Il reste à poser deux tampons pour la couverture des puits et apposer des cadenas avec des barres de fer sur les dalles pour empêcher la contamination des puits.

Le débit de la source de Marsinval

«Le débit de la source calculé à nouveau par M. Legrand le 27 avril 1916 accusait 14L en 75secondes ce qui correspond à 16m3 en 24 heures.»

Le 2 juillet le conseil considérant «qu’il a été fait près du hameau de Marsinval des recherches en eau qui donne un résultat appréciable, achète un terrain de 8 ares, section b 2425 et b 1637 du cadastre, appartenant à M. Beaugrand de Villennes, au prix de 20 frs l’are, la canalisation principale passant sur son terrain.»

Rapport du géologue et de l’analyste chimique sur l’eau des sources de Marsinval

Le 15 avril 1917, M. H. Thomas, ingénieur géologue, 29 rue de Ponthieu,Paris; présente son rapport au Conseil.

«Les recherches d’eau potable entreprises par la commune ont été faites dans le bois de Marsinval au lieu dit «Le Quartier» à environ 2km au sud du chef lieu de la commune. Trois puits ont déjà fourni des indications importantes, d’autres recherches pourraient être utilement faites dans la partie du bois qui s’étend au sud-est.»

«Constitution géologique : après avoir filtré dans l’épaisse assise sableuse, «dite sable de Fontainebleau de l’étage Stampsien» qui constituent les pentes supérieures du grand coteau dominant Vernouillet au sud-est, les eaux à capter émergent sur les couches argileuses dites «marnes et glaises vertes de l’étage Sannoisien inférieur». Les maisons sont situées à plus de deux cents mètres et l’écoulement des eaux usées se fait dans la direction opposée aux captages. Il n’y a donc aucune contamination à redouter.» Paris, 2.12.1917

En résumé l’ingénieur géologue estime que Vernouillet peut être autorisé à utiliser pour son alimentation en eau potable les eaux émergentes dans le bois de Marsinval au lieu dit «Le Quartier» à la seule condition qu’une zone de protection d’un rayon de 100 m soit constituée autour des captages et que dans les terrains cultivés autour aucun dépôt de fumier ou d’engrais humains ne soit autorisé, mais on pourra y employer des engrais chimiques» !

C’est vraiment le contraire de ce que nous cherchons à faire aujourd’hui.

Le rapport de M. Dimitri, analyste chimique, conclut que l'eau est de bonne qualité.

Le Conseil considérant que ces rapports sont favorables invite le maire à faire établir «un projet complet pour captation et distribution d’eau potable à soumettre à l’autorité supérieure afin de demander la déclaration d’utilité publique pour les terrains nécessaires au captage» Le budget indique qu’une somme de 3000 f est dédiée à l’avancement des travaux en 1917.

Une alternative au projet Marsinvalien est tentée

Trois ans après, l'eau de Marsinval ne coule toujours pas dans le village, mais le maire n'est plus le même et il tente de relancer le projet commun avec Verneuil au cas ou les recherches à Marsinval n'aboutiraient pas à un résultat significatif.

Projet de lettre au maire de Verneuil à faire approuver par le Conseil

«Mon cher collègue

Le 10 mai 1920, je vous ai entretenu sommairement du désir de mon conseil municipal d’assurer l’alimentation en eau potable de ma localité et je vous ai indiqué en présence de MM. Renout et Dubuy que mon attention avait été attirée en premier lieu sur la possibilité de réaliser cette installation avec le concours des communes de Verneuil et d’Ecquevilly et à partir de la canalisation d’amenée actuelle suivant des modalités à fixer d’un commun accord, parmi lesquelles l’extension des captages. Pour que les discussions puissent porter sur des bases certaines vous estimerez sans doute convenable de faire procéder aux expériences nécessaires pour établir le cube d’eau pouvant arriver journellement dans votre réservoir nécessaire à votre alimentation et par suite la quantité dont vous disposeriez. Expériences qui pourraient être faites par votre fontainier suivant les indications de MM. Renout et Dupuy. J’ai tout lieu de penser que ma proposition trouvera bon accueil auprès de vous et de votre Conseil municipal et qu’il sera possible d’établir une entente sauvegardant l’intérêt des trois collectivités.

Dans cet espoir je vous prie d’agréer, Monsieur le maire l’assurance de mes sentiments les meilleurs.»

Le nouveau maire de Vernouillet ne manque pas d’air, quand on sait de quelle façon les demandes de Verneuil concernant l’adduction d’eau et le passage de canalisations sur le territoire de Vernouillet ont été traitées dans le passé, on devine un peu quelle sera la réponse du maire de Verneuil si toutefois celui-ci consent à répondre. Il est à noter aussi que les résultats obtenus à Marsinval sont décevants et que le niveau des frais occasionnés pour les captages  commence à faire douter de la rentabilité de l’opération. Pourtant les recherches et travaux vont reprendre à Marsinval, il y a donc fort à parier que Verneuil n'a pas  donné de suite favorable à la demande de Vernouillet.

Reprise des travaux de captages à Marsinval

«Vu l’état de lenteur apporté dans l’étude d’adduction d’eau potable» le Conseil décide que M. Milleret, géomètre, sera chargé d’établir l’état parcellaire des terrains à acquérir et de se mettre en rapport avec l’agent voyer cantonal pour le bornage des dits terrains.

Le 18 mars 1922, le maire communique au Conseil les plans parcellaires établis par M. Milleret. Le conseil « fixera à la somme de 10 francs l’indemnité par are de terrain occupé pour les travaux de captage des eaux souterraines et à 15 francs l’are le prix d’achat du terrain.»

 Il demande à une commission de suivre les travaux et de faire établir des devis pour les travaux de sondages par les entreprises suivantes : Bourdillon, Clédat Louis, Clédat François, Métry à Meulan, Legrand à Chanteloup. On peut parier déjà que M. Bourdillon ne sera pas choisi, il est dans l'opposition! Sans surprise, le 3 décembre 1922, le marché est attribué à M. Flan Edmond entrepreneur à Meulan pour une somme de 3000 francs.

«Le bordereau des prix est établi comme suit:

Heures de travail: chef de chantier 3,25 frs, terrassier-puisatier 2,90 frs; Plus-value pour déplacement par jour 4,00 frs, plus-value pour emploi de bottes d’égoutier 0,50 frs.» Un peu curieux comme élément de prix, la comptabilité des moments travaillés avec ou sans bottes a dû être difficile.

Le 26 avril 1923, le maire porte à la connaissance du Conseil que les travaux ont été plus longs et onéreux que prévu, il faudrait rajouter 7150 frs pour achever ce qui a été commencé. Le conseil considérant que l’achèvement des travaux est indispensable décide d’utiliser les 6100 francs de crédit figurant au budget additionnel et de prélever 1180 frs sur les crédits alloués à la fête nationale et aux fêtes publiques.

 On fera peut être la fête le jour ou l'eau coulera dans les tuyaux! En tous cas ce ne sera pas avec l'eau de Marsinval, puisque deux ans plus tard devant les difficultés rencontrées, la commune va entrer en contact avec deux sociétés spécialistes de la distribution d'eau pour signer un protocole de concession et abandonner la direction des travaux et l'espoir d'un réseau municipal.

Pour la première fois on parle d'un réseau de distribution d'eau en concession

En effet, le 30 juin 1925, la commune signe un contrat pour une étude d’adduction d’eau avec la Société Industrielle et Foncière, 133 Boulevard Haussman à Paris,.

L'entrée en jeu de La Lyonnaise des Eaux

Un mois plus tard, la société Lyonnaise des Eaux vient faire une offre de service à la commune de Vernouillet. Le maire et l’adjoint ont pris rendez-vous avec M. Richard Directeur de la société pour engager des pourparlers. Cette entrée en jeu de la Lyonnaise semble être infructueuse puisque le 29 juin 1926, le Conseil autorise le maire à signer avec la Société Auxiliaire Industrielle et Foncière, 133 Boulevard Haussmann à Paris un contrat pour une étude d’adduction d’eau.

Convention avec la SAIF pour un réseau d’eau potable dans la commune de Vernouillet 

Le 15 décembre 1926, le maire rappelle au conseil la convention passée avec la Société Auxiliaire Industrielle et Foncière le 29 juin 1926 transcrite ci-dessous : (Extraits)

« Entre les soussignés M. Labrousse Pierre, maire de Vernouillet d’une part et M. Borel Gabriel  administrateur de la Société Industrielle et Foncière

Il a été convenu ce qui suit:(extraits)

Art.1. La commune de Vernouillet confie à la Société Industrielle et Foncière qui accepte le soin de dresser le projet complet d’exécution

Art. 2. La Société s’engage à poursuivre toutes les études nécessaires à établir le plan d’exécution, le plan financier, à définir le programme des travaux et l’équilibre financier du projet 

Art. 3. Les études seront exécutées à titre gratuit

Art. 4. La Société s’engage à présenter dans un délai de 6 mois un projet technique complet de distribution d’eau à Vernouillet.

Le Projet devra indiquer les quantités journalières minima qui pourront être fournies par le concessionnaire. Au cas ou la Société n’aurait pas fourni dans le délai ci-dessus indiqué son projet, la commune se trouverait dégagée et sans aucune indemnité.»

Cette convention datant déjà de juin la société en demande la prorogation de 6 mois, ce qui lui est accordé.

Le 8 juillet 1927, une deuxième prolongation de 4 mois à la S A I F repousse la remise de l’étude au mois de novembre.

Le 24 novembre 1927, un nouveau délai, jusqu’au 15 janvier 1928, est accordé à la Société Auxiliaire Industrielle et Foncière. A partir de cette date la commune sera dégagée de toutes obligations envers cette société. Ces différents reports interrogent sur la volonté réelle de cette entreprise à vouloir la concession de Vernouillet pourtant duement signée.

Cette fois le Conseil a compris, le géologue collaborateur ne sera pas belge.

Le 20 mai 1927, le Conseil désirant s’assurer les bienfaits d’une amenée d’eau potable et sollicitant à cet effet les diverses subventions de l’Etat et du Département demande à M. le préfet l’envoi du géologue collaborateur du service de la carte géologique de France et prend à sa charge les frais de cette étude. A ce stade on peut supposer que le géologue aura à vérifier les terrains sur lesquels des  captages ont été effectués à Marsinval.

Le choix du concessionnaire

Le 14 février 1928, la SAIF ayant finalement remis sa copie, et contre toute attente, vu le contrat déjà signé avec la SAIF «deux projets de concession sont présentés au Conseil, l’un par la Société Lyonnaise des Eaux et de l’Eclairage, 73 Bld Haussman Paris. l’autre par la Société Industrielle et Foncière de distribution d’eau, de gaz et d’électricité, 133 Bld Haussman. Le Conseil après en avoir délibéré adopte à scrutin secret le projet présenté par la société Lyonnaise des Eaux et de l’Eclairage et autorise le maire à traiter avec ladite société.»

Ce choix ne fait pas l'unanimité et est même critiqué par l'adjoint au maire.

Protestation de M. Clédat.

Le 14 février 1928, M. Clédat fait remarquer que la Société Lyonnaise des Eaux n’a pas remis un projet basé sur les mêmes termes que la Société industrielle et Foncière. En effet cette dernière avait précisé «qu’en fin de concession la commune serait propriétaire d’un service complet des Eaux, alors que la Société Lyonnaise ne peut faire la même proposition puisque son projet ne comporte aucun captage ni organe d’adduction d’eau.» En outre il est indiscutable «que les eaux fournies par les captages de la Société Industrielle et Foncière sont des eaux non calcaires d’une qualité infiniment supérieure à celles proposées par la Lyonnaise. De plus la Société Industrielle et Foncière ne se serait pas refusé de mettre une ou deux bornes fontaines à la disposition de la commune permettant l’alimentation gratuite de la population non fortunée. Il est en outre à craindre, qu’étant donné le contrat formel qui engage la commune envers M. Borel représentant la SAIF, cette dernière amène la commune a un procès qu’elle perdrait à coup sur. Et au vu des correspondances échangées entre lui et la commune il lui sera facile de démontrer devant un tribunal que nous avons rejeté les pourparlers engagés avec lui. Je demande donc avant de traiter définitivement avec la Société Lyonnaise que le Conseil nomme une commission qui soit capable d’examiner à fond les deux projets»

Le Conseil prend acte de cette déclaration mais maintient sa décision prise lors de sa délibération du 19. 01.1928.

Si on avait écouté M. Clédat, la commune n'aurait pas été en Instance du Conseil d'Etat contre  la SAIF

La suite prouvera que M. Clédat a été le seul à appréhender la situation réelle à moins qu’on ne l’accuse d’être un oiseau de mauvais augure ou pire d’avoir été de connivence avec cette société, mais il y a de toute façon prescription. Il faut noter qu’en tant qu’Adjoint il avait en charge l’animation de la commission de l’adduction d’eau.

En effet sept ans plus tard, le 6 avril 1935, la commune doit payer les honoraires de maître Hersant. Le maire communique au Conseil l’arrêt du Conseil d’Etat en date du 6 mars 1935 concernant l’affaire SAIF/ Commune de Vernouillet. «Dans cet arrêt le Conseil d’Etat confirme l’arrêt du Conseil de Préfecture condamnant la commune à verser à la SAIF une indemnité calculée à raison de 4% du montant des travaux. Mais considérant d’autre part que le montant des travaux est mal estimé décide de faire procéder à une expertise pour déterminer le coût réel des travaux.»

Vernouillet est bien alimenté par la source  de Villennes

Les travaux qui ne concernent pas la totalité du village, ni les hameaux bien sur, sont rapidemment exécutés puisque dès le début de 1929, on constate des anomalies dans la distribution d'eau.

La toute première proposition d'un réseau par les frères Charroit avec la source de Villennes était donc la bonne solution et tout l'argent dépensé à des recherches à Marsinval ou même à payer un hydrologue belge l'aura donc été en pure perte.

Le 26 octobre 1929, le maire communique au Conseil une lettre de M. le maire de Villennes «faisant connaître les mesures prises dans cette commune en accord avec le Dr. Aubland chef du service départemental d’hygiène pour protéger la source de Villennes et demandant aux trois communes desservies par le réseau de distribution d’eau potable de participer aux frais des deux analyses annuelles contradictoirement avec la société Lyonnaise des Eaux. »

Le Conseil approuve cette demande.

La  pollution accidentelle de la source de Villennes, est l'occasion d'abandonner les sources pour le captage dans la nappe phréatique

Le 12 décembre 1932, le maire donne lecture au Conseil d’une lettre en date du 10 décembre de la Société Lyonnaise des Eaux «relative à la pollution accidentelle des eaux de source de Villennes.» Il explique que cette société pourrait alimenter la commune en eau artésienne des puits de Migneaux avec l’autorisation du conseil municipal.

«Le Conseil ouï le maire: autorise la société Lyonnaise des eaux à substituer l’eau artésienne à l’eau des sources de Villennes dans la distribution d’eau à Vernouillet et demande que cette situation soit définitive.»

Extensions du réseau d’eau

Le 18 janvier 1934, des extensions du réseau  sont réalisés.  280 mètres dans la rue Aristide Briand, 300 m dans la rue de Marsinval, 400 m dans la rue A. Labrousse, 70 m dans la rue de Breteuil, pour un coût de 3900 francs.

Il faudra attendre le 2 mars 1949 pour envisager de nouvelles extensions. A la suite des analyses d’eau effectuées par le laboratoire du service des Eaux d’alimentation dans les hameaux, le conseil décide «d’étudier l’extension du réseau dans la commune et les hameaux dans le but de vulgariser l’installation des branchements particuliers.»

Il s'agit d'une étude qui va durer longtemps...dix ans exactement, si l'on sait que c'est seulement en 1959 que le hameau de Marsinval sera desservi en eau potable.

 La Lyonnaise fait des économies mais pas les vernolitains

Le 25 janvier 1936. Lettre du directeur de la Lyonnaise des Eaux:«J’ai l’honneur de vous confirmer qu’en ce qui concerne votre commune les économies sur les dépenses de personnel, sur l’exploitation, sur les personnels du siège et sur les charges d’emprunts de la société s’élèvent à 2189 pour l’année.»

Le Conseil, entendu le rapport de M. Malher sur cette question demande des précisions et mandate le maire pour entamer des pourparlers tendant à diminuer le prix du m3 d’eau. Est ce que par hasard l'histoire ne se répéterait pas, on a l'impression que c'est arrivé hier.

Vernouillet veut couper l’eau à Verneuil

Le 21 août 1937, le Conseil demande à la Lyonnaise de faire cesser les baisses de pression d’eau et même de manque d’eau dans la partie haute du village.«Si besoin était en fermant l’alimentation du lotissement de Verneuil.»

L'eau des sources de Marsinval devient d'un seul coup suspecte

Et dire que l'on voulait la distribuer à tout le village! Mais peut-être bien que la Lyonnaise est intéressée à se procurer de nouveaux clients, on vous laisse en juger.

«Le 11 février 1949, le maire fait savoir qu’après démarches effectuées auprès des services d’Hygiène, il sera prochainement procédé aux analyses bactériologiques des eaux de Brezolles, de Marsinval et du village.

Mais très curieusement, à la même séance le maire fait part d’une lettre envoyée à la Lyonnaise demandant l’installation de bornes fontaines pour pallier à la mauvaise qualité des eaux puisées aux puits, pompes et fontaines.»

Les hameaux seront alimentés pour Marsinval en 1959 et Brezolles par Chapet?à rechercher??

Jusqu'à ce que la douleur le lui enseigne l'homme ne sait pas quel trésor est l'eau.

Lord Byron

C'est sûr, Paris ne s'est pas fait en un jour. Les réticences vis à vis du progrès tout au début, les mauvais choix dans la recherche de solutions privilégiant un réseau communal, les reports multiples de propositions concrètes de la part d'une société qui s'est permis ensuite de faire procès à la commune sont des facteurs qui ont pesé lourd sur le retard que Vernouillet a pris dans le domaine de la distribution de l'eau potable dans les foyers des Vernolitains.

L'eau n'est pas toujours la bienvenue: inondations de 1910 à rajouter??

Photos de travaux d'adduction même ailleurs, de bains douches, (captages marsinval bridon godfrin,)

A peine installée, une distribution massive d'eau  incite à la création ou à l'amélioration d'un système d'égoûts approprié. C'est ce qui est arrivé à Vernouillet comme à bien d'autres communes.

SALUBRITE PUBLIQUE, ASSAINISSEMENT

En 1800, la salubrité et l'hygiène ne sont pas des préoccupations et priorités reconnues. Les rues de Paris sont de véritables cloaques, on imagine aisément l'état des rues d'un petit village comme le notre. Les eaux usées sont jetées au caniveau quand il en existe un, les jus de purin s'écoulent des cours de fermes à chaque pluie. Mais petit à petit l'organisation mise en place sous Napoléon avec les préfets et les agents voyers va permettre d'améliorer la situation, grâce à des règles d'urbanisme surveillées par ces agents voyers cantonaux. On verra apparaître de véritables plans d'alignement des immeubles, la fixation de largeur uniforme pour chaque rue et la pose de bordures de trottoirs permettant un écoulement mieux discipliné des eaux sales.

En 1880, Paris a déjà dépassé ce stade, son réseau d'égouts cherche un déversoir.

Et c'est bien les communes avoisinantes de Vernouillet qui vont décrocher le gros lot!

Les habitants de l'Ouest parisien se mobilisent contre le déversement des égouts de Paris à Achères.

Le 15 février 1888, le maire donne communication d’une lettre du comité de défense de la Vallée de la Seine concernant « le projet de déversement des eaux d’égouts de Paris dans une partie de la forêt de Saint Germain.» La commune de Vernouillet s’élève avec énergie contre le projet,  « lequel sans aucune utilité pour les intérêts de l’agriculture, serait un danger éminent pour la santé et la vie des habitants des localités voisines de la forêt. »

Malheureusement la prise de position des élus des communes concernées n'a servi à rien puisque en octobre 1892, la  commune décide d'adhèrer au Syndicat de Défense de la Seine aval en présentant des arguments qui ne sont pas tous très convaincants!

«- considérant que la ville de Paris en déversant dans la Seine les eaux de ses égouts, qui contiennent une grande quantité de matière de vidange, a corrompu les eaux du fleuve qui ne peut plus servir à l’alimentation des populations ni à leur usage domestique.

- considérant que cette eau contaminée a été la cause des épidémies de choléra et de fièvre typhoïde qui ont sévi dans les communes baignées par la Seine,

- considérant que toutes les communes riveraines ont des droits égaux et collectifs à faire valoir contre la ville de Paris qui viole l’ordonnance d’août 1869 sur les eaux et forêts, »

décide de former un syndicat avec les autres communes ayant les mêmes droits. 

Quatre ans plus tard, le  9 août 1896, le Syndicat n'ayant vraisemblablement rien obtenu la commune dépose elle même une pétition aux élus d’Achères contre le déversement des égouts de Paris dans la Seine. « Rien n’a été fait et aujourd’hui la situation empire, le danger semble s’aggraver chaque jour, les émanations putrides qui se dégagent du lit du fleuve se font sentir de façon dangereuse pour la santé publique. »

Le 30 septembre 1900, le Conseil  s’associe à la déclaration du Conseil Général contenue dans une lettre à MM. les Sénateurs contre les épandages d’Achères par la ville de Paris « qui ignore et viole les engagements qu’elle a pris. »

Les égouts à Vernouillet ou les égouts de Paris à Vernouillet ?

Malheureusement il s’agit de la deuxième hypothèse. Le 14 juillet 1900, le Conseil est avisé « que la ville de Paris à l’intention d’entreprendre une canalisation souterraine sur le territoire de Vernouillet pour les eaux des égouts »

Le Conseil déclare « n’accepter aucun épandage et demande que soit respectée une distance d’au moins 1500 m des habitations. » Cette information sans aucun détails laisse perplexe puisque les élus savent que Paris déverse ses égouts à Achères, ils ont protesté contre. Ils n'acceptent aucun épandage mais précisent que soit respectée une certaine distance avec les habitations. Faut-il en déduire que les déversements à Achères ne suffisent plus et que Paris cherche un autre débouché pour ses épandages? Mais le pire est à venir...le 1er avril 1927 (ce n'est pas une plaisanterie) le conseil prend la délibération suivante :

« Le Conseil, péniblement ému en présence d’un projet de la ville de Paris, relatif à l’épandage des eaux d’égouts de la capitale dans la vallée de la Seine, depuis notre commune jusqu’à Mézières. A cause des graves dommages qui résulteraient de ce projet, le Conseil proteste énergiquement contre l’éventualité de sa réalisation »

On reste confondu devant un tel projet, il est vrai que c'est la belle époque celle d'une croissance vertigineuse de la capitale, mais avec le même raisonnement on serait arrivé au Havre aujourd'hui!

 Insalubrité et maladies infectieuses

Le 2 juin 1895, le maire déclare qu'une somme de 802.40 francs, affectée aux chemins vicinaux, pourrait être utilisée sur un autre chapitre pour le chemin de Grande Communication n° 154 ( aujourd'hui rue E. Bourdillon et P. Doumer) Il explique « qu’il y a une urgence d’une gravité exceptionnelle à ce que ce chemin  reçoive des bordures et un trottoir sur une longueur de 150 mètres. A l’endroit ou ces trottoirs manquent ce chemin est une véritable officine de maladies infectieuses, il est avéré que plusieurs cas de diphtérie se sont manifestés l’année dernière ayant entraîné la mort d’une jeune fille et que les autres enfants n’ont été sauvés que grâce au vaccin avec le sérum anti-diphtérique. » Cette triste histoire nous renseigne à plus d’un titre. Sur les conditions dans lesquelles vivaient les habitants en matière d’hygiène, mais elle montre aussi que le progrès médical a fait son apparition avec les vaccins depuis 1885 avec Pasteur. Pour compléter ces mesures techniques, il convient de faire respecter les règlements en vigueur et le 14 juin 1898, le maire rappelle qu’un arrêté de juillet 1857 «  interdit d’une manière formelle de jeter par la porte ou la fenêtre soit de jour soit de nuit sur la voie publique ou dans les caniveaux aucun objet solide ou liquide, eaux ménagères ou de savon, qui puisse blesser ou salir par leur chute ou nuire par leur exhalaison ». Pour continuer dans le registre des odeurs, le 11 février 1901, le maire attire l’attention du Conseil sur les plaintes qu’il a reçues concernant les mauvaises odeurs répandues par les gadoues de ville déposées à proximité des lieux habités. Le Conseil demande au maire de prendre un arrêté interdisant les dépôts de gadoues à moins de 250m des habitations. Cependant l'administration va pousser les communes à réglementer l'hygiène, c'est ainsi qu'est proposé la création d'un « dépotoir communal »

Le 13 février 1916, le maire donne lecture d’une circulaire préfectorale du 2 février 1916 relative « au déversement clandestin de matières fécales dans les égouts, les cours d’eau, dans les champs, sans l’autorisation des cultivateurs et demandant s’il y a lieu d’introduire dans les règlements sanitaires de la commune un article subordonnant  l’exploitation des vidanges à l’obligation de disposer d’un dépotoir régulièrement autorisé.»

Le Conseil considérant qu’il n’existait pas à Vernouillet d’exploitant de vidanges rejette la création d’un dépotoir communal.

Une grande première à Vernouillet : naissance d'une commission d’hygiène le 28 juillet 1912

Cette commission, constituée de M. le maire, MM. Lenoir et Bourdillon conseillers municipaux, François Clédat entrepreneur, le docteur Lermont, M. Labrousse pharmacien, et le docteur Bribon se met aussitôt au travail pour examiner la demande des habitants e la rue de Mantes (P. Doumer)

« MM. Ravetou, Lanquetier, Bidault et les veuves Fouque et Houel se plaignent des mauvaises odeurs que dégage le ruisseau qui coule devant leurs habitations à cause des eaux ménagères et des purins qui y sont déversés. M. Labrousse rapporteur a constaté la présence de matières humiques en décomposition exhalant une odeur nauséabonde.» La commission demande au maire de prendre un nouvel arrêté « pour interdire formellement l’écoulement des eaux ménagères et des purins sur la voie publique. »

Convention entre M. Fastout, propriétaire du domaine « des Sources » et la commune pour une servitude de passage d'une canalisation d'égout.

Le 25 avril 1915, le Conseil après avoir entendu M. Fastout qui se plaint que les eaux qu’il reçoit du lavoir communal souillent sa propriété, charge le maire de s’entendre avec M. Fastout sur les mesures à prendre pour lui donner satisfaction sans interrompre l’accès au lavoir.

Le 20 juin, une convention est passée entre M. Fastout Auguste et M. Marie Decaris maire de Vernouillet :

« Dans le cas ou la commune ferait une canalisation pour se débarrasser des eaux usées elle y ferait passer celles des lavoirs. M. Fastout dans ce cas donnerait l’autorisation gracieuse de faire dans sa propriété les canalisations nécessaires »

Cette éventualité deviendra réalité en octobre 1937et M. Fastout paiera une annuité de 5OO francs pendant 20 ans comme participation aux frais d'évacuation des eaux des lavoirs et impasses.

Cette convention montre à quel point le problème des eaux usées devient crucial pour le village à une époque ou les grandes villes ont déjà réalisés leur «  tout à l’égout ». Le paragraphe en italique est intéressant à ce sujet car il laisse entrevoir pour la première fois  qu’un projet d’assainissement est envisagé, ce qui est confirmé par ce qui suit. 

Premier projet d’un plan communal d’assainissement

Le 30 juillet 1925, le Conseil considérant ; « que les eaux qui séjournent rue Girardin, rue des Pinsons, avenue de la Gare, sont une gêne pour la circulation, que ces eaux croupies sont une source d’infection, que pendant six mois les piétons ne peuvent plus circuler sur le trottoir sous le pont du chemin de fer par suite de l’abondance des eaux, que ces travaux sont indispensables au point de vue de l’hygiène publique et de la circulation ; décide qu’un projet sera établi par M. Dubuy, agent voyer cantonal et demande à M. le maire de faire le nécessaire auprès de M. le Directeur de la Cie des Chemins de Fer de l’Ouest-Etat pour permettre de passer une conduite sous la voie du chemin de fer en amont de la gare. »

Encouragé comme on l'a vu par l'administration préfectorale et soutenue par la compétence de l'agent voyer cantonal la commune va s'engager dans la conception d'un réseau d'assainissement. Dès le mois de novembre 1925 un contrat avec la Société d’entreprises et matériaux (SEM) des Mureaux « aux fins d’exécution de travaux d’évacuation des eaux de la rue Girardin par la rue Henri Derain. ».

Un an plus tard, le 6 octobre 1926, le plan d’élimination des eaux usées de la commune est présenté par M. l’agent voyer est approuvé.

1927 – 20 mai.

Le premier Syndicat pour l’Assainissement avec les communes de Verneuil et Vernouillet, enfin un accord amiable et aimable. L'ancêtre du SIAVV.

M. le maire donne connaissance au Conseil du rapport de la commission d’évacuation des eaux d’égouts, après sa réunion de ce jour avec la commission de Verneuil. Le Conseil :

« 1- décide la formation d’un syndicat avec la commune de Verneuil pour l’établissement d’un égout collecteur commun aux deux communes

2- approuve le principe de répartition des dépenses proportionnellement aux volumes totaux des égouts des deux communes d’après le plan d’exécution établi par l’autorité supérieure.

3- décide que les dépenses d’entretien seront réparties sur les mêmes bases

4 -stipule qu’aucun changements ne sera apporté au contrat tant que l’égout collecteur sera suffisant et quel que soit le volume débité par chaque commune, dans ce cas seulement et pour les dispenser à faire une nouvelle convention un avenant sera  établi. »

Extension du réseau d’assainissement

Vu le projet d’assainissement présenté, le 18 octobre 1927, par M. Dubuy ingénieur du service vicinal, le Conseil décide d’adopter le projet qui envoie les eaux usées par la rue de Triel et d’ajouter au dit projet l’enlèvement des eaux du quartier de la gare.

« Le 10 novembre le devis concernant cette dernière demande sera présenté la dépense supplémentaire est de 50000 francs, le Conseil maintient sa demande et en accepte le prix à payer ».

L’assainissement devient donc le quatrième volet de l’entrée de Vernouillet dans les temps modernes après le gaz, l’électricité, et  l’eau courante. C’est aussi à partir de cette date que les agents voyers sont appelés ingénieurs du service vicinal et deviendront bientôt ingénieur des Ponts et Chaussées pour finir de nos jours en Ingénieur de la DDE.

L’argent du jeu pour financer les travaux d’assainissement.

Le 24 février 1928, le Préfet a donné son accord au plan d’assainissement dressé par l’ingénieur vicinal Dubuy. Le devis s’élève à 580000 francs. Le Conseil demande à M. le Ministre de l’Intérieur « une subvention prise sur le produit des jeux afin de couvrir partiellement la dépense et vote un emprunt au Crédit Foncier de France pour couvrir le reste des dépenses. »

Assainissement, l’idée d’une station d’épuration n’est pas encore complètement acceptée

Le27 avril 1929, le maire donne lecture d’une lettre de M. Charles Lenormand, Rapporteur auprès du Conseil supérieur d’Hygiène relative au projet d’assainissement en instance de réalisation. Le Conseil considérant « qu’il s’agit en l’espèce de canalisations ayant uniquement pour objet d’évacuer souterrainement les eaux pluviales qui actuellement s’écoulent à ciel ouvert dans les caniveaux. Considérant qu’on ne saurait comparer la nature de ces eaux à celle charriées par les réseaux d’égouts des grandes villes ou fonctionne le « tout à l’égout » comme à Paris. Tout en reconnaissant l’intérêt primordial des études annoncées et poursuivies pour obtenir l’épuration de la région parisienne. Dans l’ignorance complète ou il se trouve de l’état d’avancement de ces études, des dispositions prévues ainsi que des répercussions possibles, le Conseil  ne peut que prendre l’engagement que le moment venu il étudiera la possibilité de rattachement du réseau communal aux grandes stations d’épuration que le Parlement décidera de créer à l’avenir. »

Toute la vallée de la Seine respire enfin, on a trouvé une alternative à l'épandage : la station d'épuration, mais notre conseil se montre encore un peu frileux devant ce procédé.

Projet global d’assainissement de la commune

Le 2 septembre 1932, le Conseil approuve le projet présenté par l’ingénieur du service vicinal, sauf en ce qui concerne la canalisation venant de la rue St Léger « qu’il considère comme inutile, la rue étant sans trottoirs, sans caniveaux et les propriétés n’ayant pas d’accès direct sur la voie. »

Le Conseil décide d’exécuter ce plan en deux phases :

1- Emissaire principal : avenue de la Gare, avenue Hottot, rue de Triel, rue Girardin, avenue Henri Derain (canalisation de la rue de Triel depuis av. H. Derain jusqu’à av. Hottot.)

2 - Impasse La Rochelle et St Etienne  et rue de Triel jusqu’à l’avenue H. Derain

Il faut rappeler que le boulevard de l'Europe n'existe pas encore.

Le 26 juin 1933, la demande de la commune, pour la réalisation de ce plan, d’une subvention de 294000 francs au Ministre de l’Intérieur sur les fonds produits par les jeux est acceptée.

Assainissement, passage de l’émissaire sous la ligne de chemin de fer

Le 2 » février 1934, une convention est passée entre la commune et la Direction des chemins de fer, Service des voies, Ligne de Paris au Havre, Section de Colombes à Rouen.

« Installation par la commune d’un égout ovoïde de 1,80 m de hauteur intérieure sous les voies au kilomètre 29+187.

  1. L’égout sera établi sur une longueur de 334m dans l’emprise du chemin de fer.

  2. Tous les travaux et les frais sont à charge de la commune

  3. La mise des voies sur « poitrails » et la remise en état des voies seront assurées par le Réseau du chemin de fer aux frais de la commune »

Vernouillet accepte même les eaux de Verneuil dans son réseau... mais pas gratuitement

Le 19 décembre 1934, la commune de Vernouillet accepte le déversement dans son collecteur (avenue de Triel) des eaux que Verneuil y amènera par caniveaux ou par égouts dans le présent et dans l’avenir. Cette acceptation s’applique seulement aux eaux pluviales et ménagères y compris celles du lavoir du Petit Etang à l’exclusion de tous les liquides nocifs, acides et insalubres proscrits par le règlement d’hygiène de Vernouillet. ». La participation de Verneuil est fixée à 85 000 frs.

Le Conseil félicite le maire « pour la solution heureuse intervenue entre les communes »

Traversées de domaines privés, servitudes et conventions

Le 30 octobre 1937, le Conseil autorise le maire à signer des conventions avec les propriétaires des terrains traversés par les canalisations d’assainissement des impasses La Rochelle et Decaris : M. Emile Pottier, M. Thierry Pottier, et la famille Fastout.

A partir de cette date, il n'y a pratiquement plus de réalisations de travaux pendant toute la période de la guerre et de l'après guerre. Les extensions seront réalisées au coup par coup jusqu'à la construction de la cité du Parc et des domaines par la suite. La station d'épuration commune à Verneuil et Vernouillet sera construite en 19..?

[1] Tautest Duplain propriétaire du château

[2] Le marquis de Girardin propriétaire du château d’Ermenonville s’était réfugié à Vernouillet chez son ami Tautest Duplain pendant la révolution suite aux dégradations de son domaine. Il est à l’origine de la transformation du parc du château en jardin anglais. Il meurt en 1808 et est enterré au cimetière de Vernouillet.

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