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D’Ermenonville à Vernouillet.

Le Marquis de Girardin

Par Sœur Marie-Claire Tihon in Les Cahiers de l’Histoire (VI bis)

TAUTEST DUPLAIN CHEZ GIRARDIN

Les Illuminés d’Ermenonville

L’histoire commence mal par une nouvelle sensationnelle que la presse à scandales exploite habilement : la société formée d’une vingtaine de gens riches et distingués qui vit au château d’Ermenonville, chez le marquis de Girardin, se livre à toutes sortes d’abominations dignes des Albigeois, des Templiers ou des Adamites… L’alchimie s’y pratique sous couvert de recherches scientifiques. Ces excès, le journaliste de la Gazette des Deux-Ponts les déclare obscures, le 7 mai 1785, puis trois jours plus tard, indicibles. (Il n’est pas même permis de les tracer sur le papier…) et vraiment incroyables : Il se peut que deux femmes aient près d’elles leurs amants : mais qu’elles fussent communes à tous, qu’une mère et sa fille fussent témoins de ce désordre, c’est ce que l’on ne peut supposer. La Gazette d’Utrecht du 17 mai se montre mieux renseignée sur ceux que l’on appelle désormais les Illuminés d’Ermenonville : Le chef, qu’on dit être à la Bastille, est connu sous le sobriquet de PERE ETERNEL : C’est un portugais qui s’appelle le chevalier Duplain ; il fait le pendant du feu comte de Saint-Germain, de fameuse mémoire. Cet aventurier vint ici, il y a deux ou trois ans sans le sou ; on dit qu’il a aujourd’hui près e trente mille livres de rente ; toujours est-il qu’il a acheté, il n’y a pas longtemps, la terre de Vernouillet et qu’il l’a payée quatre cent mille livres. Il n’a eu cet argent là qu’à force de faire des dupes. Ainsi d’après tout ce qu’on a pu recueillir dans ce dédale obscur, nous voyons que la plupart des hommes de cette société étoient occupés principalement à la recherche de la pierre philosophale, et que les femmes, qui ne prenoient aucune part à ce travail, chassoient, jouoient, passoient gaiment leur temps.

Quelques jours plus tard, le 2 juin, dans cette même gazette, démenti formel : Ce que nous avons cru tout bonnement ne contenir rien que de vrai, n’est, au contraire, qu’un tissu de calomnies, inventées par méchanceté contre une société de gens honnêtes, connus et estimés. On doit d’autant moins douter de la vérité de cette dernière assertion qu’elle est une répétition de celle d’un seigneur revêtu du caractère public, qui nous a requis de l’insérer dans notre gazette d’aujourd’hui.

Quel est le personnage haut placé qui met fin aux rumeurs malveillantes ? Il est difficile de le savoir, mais relativement aisé de retrouvé les faits sur lesquels s’st échafaudé un tel assemblage d’inventions. En effet, la police s’est émue, a envoyé deux enquêteurs et leur rapport nous renseigne sur ces fameux Illuminés.

Le marquis de Girardin a gagné la célérité dès 1776 en embellissant son domaine d’Ermenonville. Imitateur des jardins anglais, il a créé, dans son parc, des prairies, des pelouses, de frais et charmants bocages qu’il a parsemés de fabriques, constructions artificielles dont le nom et les inscriptions révèlent ses goûts : Autel de la Rêverie, Temple de la Philosophie, grotte des Naïades, Fontaine des Amours. A sa théorie des jardins, il a donné un long titre qui est aussi tout un programme : De la composition des paysages sur le terrain ou des moyens d’embellir la Nature autour des habitations en y joignant l’agréable à l’utile. Fervent disciple de Rousseau, il a invité chez lui le philosophe et, quand celui-ci y meurt, le 2 juillet 1778, il lui élève un tombeau dans l’Île des Peupliers qui devient dès lors un lieu de pèlerinage.

Car Girardin aime recevoir de nombreux hôtes : Hubert Robet et l’abbé Delile, comme lui amateurs de jardins, mais celui-là en peinture et celui-ci en poésie, Franklin, d’autres moins recommandables : Mesmer, Cagliostro et Saint-Germain, si l’on en croit Gérard de Nerval qui lui aussi, fait d’Ermenonville une officine du diable.

Le baquet de Mesmer:

Cagliostro :

Saint-Germain :

Mention spéciale doit être réservées à Jean-Antoine d’Hanneucourt qui content de posséder près de Mantes la terre dont il porte le nom, vient résider, dans les années 1785-1786 ; chez son ami Girardin, prenant à loyer une partie de sa grande demeure. Les eux familles partagent les dépenses d’entretien et s’adonnent avec passion au plaisir de la chasse à courre, depuis que le marquis a obtenu du prince de Condé l’autorisation de chasser le daim. Interrogé par les officiers de police sur les occupations des uns et des autres, Girardin n’en fait pas mystère : seules sont communes la tables, la chasse et quelques lectures avant le souper. Randon d’Hanneucourt travaille par goût à la chimie. Ne sont venues à sa connaissance aucune action scandaleuse ni aucune aventure galante. Côté Girardin, la société compte des membres de sa famille : son fils aîné Stanislas, vicomte d’Ermenonville ; une de ses filles, Mme de Barbantane ; sa belle-sœur, Mme de Berchény ; et des amis : la marquise de Vassé ; M. et Mme d’Archiac, veuve en premières noces de Randon de Malboissière. Côté d’Hanneucourt : Mme d’Esclan, M. et Mme de Persan, M. et Mme d’Aunat. S’y ajoutent des amis communs aux deux familles : Mme de Ploto, l’abbé de la Cartrie, M. le chevalier Duplain, trous au-dessus de 50 ou 60 ans. La génération des enfants a l’âge d’être établie : des quatre fils Girardin, deux se préparent à être des hommes politiques éminents : Louis, marquis de Brégy, et Alexandre. Quant à Amable, il mourra bientôt dans la fleur de l’âge. Sophie et Adélaïde de Giradin sont mariées mais les trois filles Duplain ne le sont pas. En 1785, Marie-Angélique a 32 ans, Louis 31 et Antoinette 21.

Les trois aînés Girardin :

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